Alain Renaut et Sylvie Mesure, Alter ego. Les paradoxes de l’identité démocratique – 2/2

Ce texte est la suite de ma fiche de lecture dont j’ai résumé l’ouvrage dans mon précédent article.

III – Réflexions personnelles à partir de l’ouvrage :

En gardant en tête que nous avons choisi de travailler sur la lecture de cet ouvrage dans un cours d’histoire des idées politiques ayant pour objet «droite et gauche, une distinction fondatrice ?», nous pourrions interpréter l’importance en philosophie politique et même en politique de la thématique de la place des identités culturelles ainsi que les débats qu’elles suscitent comme une illustration de la perte de pertinence des catégories «droite» et «gauche» pour qualifier les positions des uns et des autres sur l’échiquier politique. Mais il nous semble plus judicieux de devoir s’interroger sur la signification politique de la prépondérance de cette thématique dans les débats actuels sur la justice sociale : peut-on qualifier de droite ou de gauche le simple fait de s’attarder sur cette thématique ou est-ce les réponses qui y sont apportées qui sont de droite ou de gauche ?

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Alain Renaut et Sylvie Mesure, Alter ego. Les paradoxes de l’identité démocratique – 1/2

 

I – Présentation des auteurs :

Sylvie Mesure (née en 1959) a suivi des études de philosophie avant de soutenir une thèse de sociologie dirigée par Raymond Boudon en 1988. Elle est entrée au CNRS en 1989 et est désormais directrice de recherche au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique.

Alain Renaut (né en 1948) est diplômé de l’ENS. Il a notamment dirigé la rédaction d’une Histoire de la philosophie politique publiée en cinq volumes en 1999. Il est actuellement professeur de philosophie politique et d’éthique à l’université Paris IV Sorbonne.

Ces deux auteurs ont déjà rédigé un ouvrage ensemble intitulé La guerre des Dieux. Essai sur la querelle des valeurs publié en 1996.

II – Résumé de l’ouvrage :

Cet ouvrage reprend et développe les recherches déjà présentées par chacun des deux auteurs dans «Libéralisme politique et pluralisme culturel» (1) et «Républicanisme et modernité» (2) pour Alain Renaut et dans «Libéralisme et pluralisme culturel» (3) pour Sylvie Mesure. L’objet de cet ouvrage est de réfléchir sur les transformations contemporaines des représentations modernes de l’identité dans le cadre des sociétés démocratiques.

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Platon, Théétète (161b-162a)

  • Nature du devoir : explication de texte
  • Cours : L1, Histoire de la philosophie sur Platon
  • Note : 13/20

voir l’extrait de texte étudié

Le présent texte que nous nous tacherons de commenter est tiré du dialogue platonicien, le Théétète, dialogue écrit dans la période dite auto-critique de Platon, c’est-à-dire entre la fin de la période de maturité et le début de la période de vieillesse. Il relate ici la discussion, rapportée à l’écrit par Euclide, entre Socrate, Théodore, géomètre originaire de Cyrène, et Théétète, mathématicien et brillant élève de Théodore. Cette discussion porte sur la définition de ce qu’est la « science » (la science au sens large de connaissance) ou plus exactement sur les critères permettant de présenter un énoncé comme science ; elle se rattache donc au domaine de l’épistémologie. L’extrait que nous allons étudier se trouve dans la première partie du dialogue, qui constitue la première tentative de réponse exposant que « la science n’est pas autre chose que la sensation » [1]. En effet, Socrate, pratiquant la maïeutique, vient de faire accoucher l’esprit du jeune Théétète de cette première réponse en s’appuyant sur la thèse de Protagoras selon laquelle « l’homme est la mesure de toutes choses » [2]. À ce moment-là du texte, Socrate redevient le porte-parole de Platon (et non plus de Protagoras) et procède à l’examen critique de cette première réponse à la demande de Théodore, cet extrait de texte est donc de nature réfutative.

Le problème posé par le texte est comment se fait-il que Protagoras soit un savant par rapport à ses élèves si « science » est sensation, et si tous les élèves étant aussi dotés de sens alors tous les élèves ont la science et seraient au même niveau que leur maître ? La thèse défendue par Socrate est si la science, c’est la sensation alors il n’existe plus de discours commun et par-delà le dialogue devient une absurdité. Cette sinistre conclusion révèle l’importance de ce texte qui cache un important enjeu politique, car en effet, les Grecs prenaient part aux affaires politiques en dialoguant sur l’agora, or si le dialogue n’a plus lieu d’être, c’est l’effondrement de la Cité qui s’en suivra.

Nous pouvons retracer trois moments dans la pensée de ce texte :

  • tout d’abord, Socrate expose la thèse adverse (l. 1-9)
  • ensuite, il la développe pour en révéler le fondement (l. 9-14)
  • enfin, il tire les conséquences de cette thèse (l. 14-24).

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Que puis-je tolérer ?

  • Nature du devoir : dissertation
  • Cours : L1, Philosophie morale et politique
  • Note : 15/20

DSC_0841Lorsque je dis je, je m’affirme en tant que sujet. Cette affirmation de soi revêt ma capacité à me saisir dans ma singularité (qui constitue mon individualité) et à revendiquer mon identité distinctive. Ceci implique nécessairement qu’il existe des différences entre moi et autrui. L’existence d’autrui est une réalité constitutive de mon existence au travers de la famille, de la société, de l’État. Ces différentes structures organisent un regroupement d’individus. Si ces individus témoignent chacun d’une identité distinctive, ces structures se caractérisent alors par une certaine hétérogénéité.
Or l’homme est cet individu qui a pour quête la recherche de discerner le vrai du faux ainsi que la volonté de juger du bien ou du mal des actions humaines. L’expression de la diversité de nos opinions refléterait ainsi l’erreur et l’immoralité de certains, ne serait-il pas de mon devoir de les remettre sur le “droit chemin” ? Le problème est que si chacun pense détenir la connaissance de la vérité et du bien, chacun va tenter d’imposer ses conceptions. Mais, qui suis-je pour m’octroyer ce pouvoir de dicter ma conception ? En outre, comment cette situation de conflit permanent entre ces différentes conceptions peut-elle être dépassée ?

C’est suite au contexte historique des guerres de religion du XVIème siècle qu’est est né le principe de tolérance par opposition au fanatisme religieux. Puis, il s’est étendra à un domaine plus large, en corrélation avec l’émergence de l’idéal individualiste libéral au travers du concept des droits de l’homme.

Mais la tolérance est une notion intrinsèquement paradoxale. D’après Le grand Robert, on note deux principales définitions : 1/ « Fait de tolérer quelque chose, de ne pas interdire ou exiger alors qu’on le pourrait ; liberté qui résulte de cette abstention » ; 2/ « Attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même » . La première relève d’une acception “négative” considérant la tolérance comme abstention tandis que la seconde relève d’une acception “positive” considérant comme admission. Dès lors, la tolérance se rapproche-t-elle plus d’une attitude d’indifférence ou bien d’un effort de respect à la différence ? Dans le premier cas, si la tolérance est indifférence, l’attitude tolérante conduirait à un relativisme où toutes les valeurs morales se vaudraient. Mais l’entente sur un concept tel que celui des droits de l’homme ne prouve-t-il pas l’existence de vérités morales ? N’y a-t-il pas en soi des opinions ou actes intolérables ? Actuellement, la notion de tolérance relève plus souvent de la seconde acception et est tenue pour une vertu. Cela signifie que : est bon moralement celui qui fait preuve de reconnaissance à l’égard de la différence. Or si nous agissons d’une certaine manière parce qu’à nos yeux elle nous apparaît moralement bonne, la conduite différente de la nôtre est nécessairement moralement mauvaise. Reprenons donc : est moralement bon celui qui tolère ce qui est moralement mauvais, étrange paradoxe. C’est pourquoi il sera incontournable d’examiner les rapports entre la tolérance et l’intolérable. Jusqu’où tolérer ? Comment déterminer un seuil de tolérance ? Qui doit poser les limites de la tolérance, est-ce moi en tant qu’individu particulier ou moi en tant que citoyen c’est-à-dire sujet universel ? Voilà les problèmes qui devront guider notre réflexion pour tenter de répondre à la question « Que puis-je tolérer ? », qui requiert à la fois de s’interroger sur l’objet de la tolérance que le sujet qui pratique cette tolérance.

Nous montrerons tout d’abord que la tolérance est nécessaire à affirmer mon individualité, c’est-à-dire que si autrui me laisse le droit à affirmer celle-ci, je dois réciproquement tolérer l’expression des diverses individualités d’autrui : je peux tout tolérer dès lors qu’autrui me tolère. Mais nous nous verrons que défendre une telle tolérance absolue revient à rapporter la tolérance à l’indifférence or cette indifférence par rapport à la différence conduit à un renfermement sur soi et non pas à une ouverture d’esprit vers laquelle devrait tendre une tolérance véritable. Cependant, prenant en compte le pluralisme de nos sociétés, il faudra déterminer les modalités permettant de surmonter (sans pour autant négliger) l’infinie multiplicité des conceptions particulières du mot tolérance (qui étant irrémédiablement contradictoires les unes avec les autres s’auto-annihileraient) pour arriver à s’accorder sur un concept universalisable de cette tolérance véritable.

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