Variations tourmentées autour de mon engagement politique, la suite.

Cet article reprend et prolonge quelques-unes des interrogations digressions qui me traversaient déjà en septembre dernier (pour lire ou relire l’article, cliquez ici).

Plein de choses survenues ces dernières semaines ont stimulé ma réflexion autour de mon engagement politique : les résultats des dernières élections cantonales du 17 mars et 24 mars, mes choix de vote des trois dernières élections, mes engagements partisans mis quelque peu entre parenthèses, et ma participation à la journée 2012, Génération changement samedi 2 avril.

Démocratie, élections et abstention

Le 10 mars dernier, pendant que certains se réjouissaient de voir le PS comme le premier parti politique de France, j’observais avec effarement les résultats de mon canton — Douvaine —, et de ma petite commune — Massongy. Sur les 9 prétendants  — dont 3 de gauche — au titre de conseiller général de mon canton, le candidat du PS est arrivé 8è. Sur le podium, le candidat de l’UMP, suivi d’un candidat divers droite — maire d’une des communes du canton — et de la candidate du FN. Moi qui m’imaginais que l’éclatement des candidatures de droite ou sans étiquette laisserait sans crainte le candidat du PS accéder au second tour, ce fut raté. C’est une claque, car pour rappel, en 2004, sur les 7 candidats — dont 4 de gauche —, celui du PS était 2è ! Mais peut-être n’est-ce pas là le plus effarant. Ce qui m’inquiète le plus, à mon petit niveau local, comme au niveau national, c’est le taux d’abstention : 62,99% sur le canton de Douvaine, 55,63% sur l’ensemble des cantons renouvelables.

La démocratie ne doit jamais être considérée comme acquise, car la démocratie est ce régime de l’incertitude et de l’instabilité : il est de notre responsabilité d’actualiser sans cesse la démocratie en participant à la vie politique de la Cité, sinon quoi la démocratie, et par suite la vie politique, mourront. Je disais dans une leçon récente intitulée « Qu’est-ce qu’être démocrate ? » que la démocratie n’était pas tant minée par ses ennemis extérieurs que par ceux intérieurs. Je n’avais pas développé plus que cela qui étaient ces ennemis intérieurs, je le fais maintenant : on pourrait noter, à la manière de Tocqueville, ces individus qui délaissent la vie publique pour la vie privée, ouvrant ainsi le risque au « despotisme démocratique », ces individus existent hélas bel-et-bien mais je ne peux croire qu’ils recouvrent l’ensemble des abstentionnistes, et de toute manière, si c’est le cas la responsabilité, ou plutôt l’irresponsabilité, est partagée car si les médias peuvent bien s’émouvoir une fois les résultats tombés, où étaient-ils lorsqu’ils auraient dû éveiller la conscience citoyenne en organisant des débats publics autour des élections cantonales ? Les élections n’ont de sens que si elles ont été précédées d’un véritable débat public (cf. Amartya Sen, «Les racines globales de la démocratie. Pourquoi la liberté n’est pas une invention de l’Occident»). L’expression de la participation politique démocratique ne peut pas se réduire au vote lors des élections, et peut-être faut-il comprendre dans l’abstention l’expression d’un rejet non de la vie politique mais du système de ce que Bernard Manin appelle le « gouvernement représentatif ». Bernard Manin met en lumière, dans son ouvrage Principes du gouvernement représentatif, que l’élection revêt structurellement un caractère aristocratique et rappelle que chez ceux que l’on considère comme les inventeurs de la démocratie, les Grecs, ce n’était pas l’élection mais le tirage au sort qui était la procédure démocratique par excellence de désignation des gouvernants. Faudrait-il envisager de remettre sur pied une telle procédure pour que nos concitoyens considèrent véritablement démocratique leur système politique ? D’une part, le tirage au sort est radicalement démocratique en ce sens qu’il permet véritablement à n’importe qui, et non à ceux qui appartiennent à une élite, d’être désigné gouvernant politique. Mais d’autre part, laisser au hasard la détermination de ceux qui vont nous gouverner, n’est-ce pas se déronsabiliser vis-à-vis de notre capacité de choix des gouvernants, et par-delà des idées qui les animent ?

À cœur politique ouvert

Je laisse ouvertes ces interrogations et en revient aux scores réalisés par les différents candidats. Il est sans doute facile de me lamenter après coup du si faible score obtenu par le candidat socialiste dans mon canton, mais je dois bien avouer que je n’ai pas voté pour lui. C’est fou, mais depuis que je suis en âge de voter, c’est-à-dire depuis 2009, je n’ai jamais voté pour le Parti Socialiste au premier tour, alors que c’est bien au Parti Socialiste que je me suis en quelque sorte construite politiquement de 2006 à… 2009. En fait, il faut bien observer que c’est aussi depuis 2009 que je n’ai pas renouvelé mon adhésion, et encore moins mon militantisme au Parti Socialiste. N’étant plus adhérente ni militante, je n’ai plus ce sentiment d’appartenance à un parti telle que celle-ci se traduise par une fidélité de vote pour un parti — la seule fidélité qui me reste, c’est celle pour la gauche en général. J’ai voté pour le Front de Gauche aux trois premiers tours (européennes, régionales, cantonales), mais à chaque fois, j’ai hésité et réfléchi, ce n’a jamais été un vote « automatique ». Tout d’abord, lors des élections européennes, je me souviens à quel point le Parti Socialiste, ou du moins ses militants sur internet, martelaient le drapeau du « vote utile » et si je ne me trompe pas, tout vote qui obtiendrait moins de 8% n’aurait pas d’élu et serait ainsi inutile disaient-ils, ce message répété sans cesse avait eu un effet contre-productif sur moi puisque je n’ai pas voté pour le Parti Socialiste avec l’intention de leur envoyer un message pour leur rappeler qu’ils n’étaient pas seuls à gauche, ce en dépit de leur position majoritaire dont j’ai parfaitement conscience. D’une part, la liste pour laquelle j’avais votée a obtenu un élu, alors même qu’elle n’avait pas dépassé la barre des 6%. D’autre part, le message qui ressortait de la bouche du Parti Socialiste aux vues des résultats vraiment mauvais qu’ils avaient obtenus était « maison commune de la gauche ». Ensuite, lors des élections régionales, c’est le cas particulier de la liste départementale du Parti Socialiste en haute-savoie qui me posait problème : sur cette liste, étaient en effet présent des radicaux valoisiens désirés par la volonté de « rassemblement arc-en-ciel » de Jean-Jacques Queyranne, or je crois profondément dans la pertinence du clivage gauche/droite et il me semble que l’on ferait mieux de commencer par le rassemblement à gauche au lieu d’aller chercher des alliances avec le centre droit ! Enfin, lors des élections cantonales, étant éloignée géographiquement du canton où je vote — le canton de Douvaine, en haute-savoie alors que j’habite à Paris —, je me suis contentée de lire les professions de foi des candidats du Parti Socialiste, du Front de Gauche et d’Europe Écologie – Les Verts, or je fus forcée de constater que ces deux derniers avaient fait un effort programmatique bien plus fourni que le Parti Socialiste, resté à mon sens à de grandes lignes générales sur les sujets qu’il faut traiter et non sur les réponses concrètes qu’il faut y apporter.

Donc voilà, je n’ai pas voté pour le Parti Socialiste à ces cantonales mais en voyant le pauvre résultat de celui-ci, je me suis sincèrement interrogée, je me suis sincèrement demandée s’il n’était pas temps pour moi d’y revenir, d’y remiliter. Malgré mes choix de vote, je reste persuadée que le Parti Socialiste est un pilier de la gauche qu’on ne peut pas abattre sans risquer d’abattre la gauche. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais souhaité franchir le pas de l’adhésion et/ou du militantisme au Parti de Gauche, dont la stratégie quant aux (non-)rapports à entretenir avec le Parti Socialiste me semble problématique. Le Parti de Gauche me semble d’ailleurs plus proche du Parti Socialiste que du Nouveau Parti Anticapitaliste malgré les quelques-unes des alliances qui se sont nouées entre le Parti de Gauche et le Nouveau Parti Anticapitaliste. Et je ne comprends pas que le Parti de Gauche, et plus largement le Front de Gauche, soit souvent classé comme à l’extrême-gauche. Jean-Luc Mélenchon, loin d’être le populiste que les médias dessinent à leur guise, m’apparaît comme un profond républicain. L’entretien entre ce dernier et Olivier Besancenot, organisé par Clémentine Autain pour sa revue Regards, est d’ailleurs éclairant sur le point de la méthode : Mélenchon croit à la « révolution citoyenne », autrement dit la révolution qui passe par les institutions, tandis que Besancenot croit à la révolution au sens fort du terme, la révolution par le bas et dans la rue.

Je divague et m’éloigne. Passons au forum 2012, Génération changement auquel j’ai assisté il y a une semaine. Ce forum était organisé par le Mouvement des Jeunes Socialistes et ouvert à tous ses sympathisants, et non seuls ses adhérents et militants. N’ayant pas été à l’université d’été de La Rochelle l’an dernier, cela faisait longtemps que je n’avais pas participé à un événement national de ce genre. J’y ai sans doute perdu mes repères. Ou bien les repères ont changé. La première partie de l’après-midi, intitulée « le plateau », était conçue sur le mode d’une émission télévisée avec un animateur et différents intervenants associatifs, syndicaux et politiques. J’ai l’impression que l’empreinte propre au Mouvement des Jeunes Socialistes y était absente. Les événements politiques deviennent communication. Évolution générale sans doute, non singulière au Mouvement des Jeunes Socialistes. La suite de l’après-midi fut sans doute meilleure : présentation des 8 propositions retenues après la votation mise en place au sein de la campagne Perspectives 2012, puis discours de Laurianne Deniaud — actuelle présidente du Mouvement des Jeunes Socialistes —, et enfin discours à la jeunesse de Martine Aubry — première secrétaire du Parti Socialiste. L’ambiance y était plus militante, plus partisane. Mais il faut le dire, je ne ressens plus la ferveur politique d’antan en écoutant ces discours, en voyant les militants agiter leurs drapeaux et scander « M-M-MJS » ou encore « Tous ensemble, tous ensemble socialistes ! ». Pire, les effets de masse me rendent plus que dubitative et craintive.

Philosophie, dialogue et politique

Il faut que je fasse un bilan de mon militantisme au Mouvement des Jeunes Socialistes. Ma rencontre date de février 2006, lors du mouvement anti-CPE, j’y ai pris ma première carte quelques mois après. J’ai repris ma carte, chaque année, jusqu’à 2010. Nous sommes en 2011, et c’est la première que je m’interroge sur le renouvellement de mon adhésion. Je n’ai pas encore pris ma décision en faveur de celle-ci, peut-être cela évoluera-t-il d’ici quelques semaines. Certes, le Mouvement des Jeunes Socialistes n’est pas un parti politique, c’est une organisation de jeunesse, qui est même autonome du Parti Socialiste. Autonomie au sens où il choisit lui-même ses dirigeants et son orientation politique. Néanmoins, autonomie n’est pas indépendance. Le Mouvement des Jeunes Socialistes participe, dans la plupart des cas, aux campagnes du Parti Socialiste. Et en considérant mes choix de vote, je me sens tout de même mal à l’aise à rester au Mouvement des Jeunes Socialistes.

Au-delà d’une désaffection particulière de mon militantisme à la fois au Parti Socialiste et au Mouvement des Jeunes Socialistes, ne faut-il pas observer chez moi une désaffection général au militantisme politique partisan ? Je souligne le caractère partisan car je crois que c’est moins le militantisme politique que le militantisme partisan qui me gène. Évidemment que j’ai toujours des idéaux politiques à faire valoir, mais je ne sais pas si passer par des structures partisanes est le meilleur moyen pour authentiquement les porter. En tout cas pour moi, car je crois que je suis efficace lorsque je ressens de la faveur à ce que je fais, or force est de constater que je n’en ai pas, ou plus, lorsque je participe à des événements partisans décrits plus haut, ou lorsque je dois réaliser des tâches basiques du militantisme partisan. En revanche, je ressens de la ferveur lorsque je lis et j’écris de la philosophie politique, et partager mes écrits sur ce blog et échanger avec certains de mes lecteurs n’est pas dénué de prise de position politique. Philosopher n’est pas une activité neutre, car philosopher c’est déjà orienter sa propre vie selon certaines valeurs — l’amour du savoir, ou plutôt l’amour du pourquoi, qui passe notamment par l’amour du dialogue —, or une vie humaine est intrinsèquement composée de relations aux autres, et pratiquant le dialogue dans ses relations aux autres, philosopher, c’est agir au-delà de sa sphère strictement personnelle. Jugeant le dialogue constitutif de la politique au sens noble du terme — au moins idéalement —, l’activité philosophique me semble avoir, par conséquent, une dimension tout à fait politique. Pour en revenir à la vie politique partisane, c’est-à-dire en tant que les protagonistes de la vie politique sont les partis politiques, je commence sérieusement à douter qu’elle soit le mieux à même de créer les conditions du dialogue. Et je ne me réjouis pas de cette situation, j’en suis sincèrement triste. Aussi, je me demande si la désaffection de la vie politique ne provient du fait qu’elle soit partisane, et ainsi davantage politicienne que politique. À partir de ce constat, il me semble pertinent de penser de nouvelles conditions du dialogue. J’en reviens à la procédure du tirage au sort, cette fois-ci comme possible nouvelle condition du dialogue. L’avantage de cette procédure, c’est qu’en tirant n’importe quel citoyen pour accéder à la fonction de gouvernant, nos gouvernants seront peut-être moins dogmatiques dans leurs positions — comme peuvent l’être malheureusement certains politiciens — et par suite plus ouverts à un authentique dialogue (voir par exemple, ce qu’on appelle les «conférences de citoyens»). Évidemment, le risque de placer gouvernants des citoyens dont on ne connaît les idées a priori existe, mais peut-être cette prise de risque pourrait-elle enfin redonner ses lettres de noblesse à une réelle démocratie.

Réflexion à poursuivre…


Les goûteux devoirs de la vie intellectuelle.

«Nous souvenir sans cesse que nous sommes mortels, mais que nous avons reçu en retour la promesse de l’immortalité. Plonger la mémoire dans les années profondes, et laisser l’âme parcourir toute l’étendue des siècles et des terres ; y demeurer toujours dans la compagnie et l’entretien des grandes figures du passé ; oublier ainsi tous les ouvriers de tous les malheurs présents, – et parfois s’oublier soi-même aussi –, élever son âme au-dessus d’elle-même pour la conduire aux choses célestes, y situer l’objet de sa méditation et faire d’elle la flamme où s’embrase le désir ; s’adresser, revenu vers soi, de fréquentes monitions, et approcher d’un cœur brûlant, pour entretenir son feu, ces torches vives que sont des paroles ardentes. Voilà le fruit de la vie solitaire, qui n’est pas le dernier qu’elle produise ; mais ceux qui ne l’ont pas goûté ne peuvent en avoir l’idée.

Avec tout cela – pour évoquer ce que l’on connaît le mieux – se consacrer à la lecture et à l’écriture, et donner à la fatigue de l’une le soulagement de l’autre ; lire ce qu’ont écrit nos devanciers, écrire ce que la postérité pourra lire, et, puisque nous ne pouvons témoigner aux Anciens notre fidèle gratitude pour le don des lettres qu’ils nous ont fait, la manifester du moins aux yeux de la postérité ; être envers eux le moins ingrats que nous pouvons ; publier leurs noms, s’ils sont inconnus, et en renouveler l’éclat, si leur mémoire s’est ternie ; les arracher à l’oubli où le temps les a laissés, et les transmettre à la foule de nos descendants avec le devoir de les vénérer ; les garder en nos cœurs, les garder sur nos lèvres comme un doux aliment ; et enfin, en les aimant, en cultivant leur mémoire, en les célébrant de toutes les manières, leur rendre grâce avec cette reconnaissance que nous leur devons et qui, nous ne savons, restera toujours inférieure à leurs mérites.»

Pétrarque, La vie solitaire, VI, 6-7

Plutarque contre Chrysippe : le mal peut-il exister « utilement » dans un monde providentiel ?

Texte étudié : Plutarque, Des notions communes contre les stoïciens, 1065e-1066b

Le texte est disponible ici.

Le texte que nous allons étudier est un extrait du traité intitulé Des notions communes contre les stoïciens écrit par Plutarque, philosophe platonicien du Ier et IIè siècles après Jésus Christ. Ce traité, d’une nature polémique, a pour objectif de montrer que le stoïcisme, alors qu’il prétend s’appuyer sur des «notions communes» par substitution aux Idées platoniciennes, s’inscrit en faux avec le sens commun. Cet ouvrage a été construit en quatre parties : une introduction (I-III), un examen de la morale (IV-XXIX), un de la théologie (XXXI-XXXVI) et un de la physique (XXXVII-L), et l’extrait que nous étudions (XIII-XIV) se situe dans la deuxième partie.

L’objet précis de ce texte est l’existence du mal dans le monde. Il faut rappeler que pour les Stoïciens dont fait partie Chrysippe, philosophe de l’Ancien stoïcisme qui est visé ici par la critique de Plutarque, le monde a été créé et reste surtout en permanence entièrement gouverné par la providence divine — ou l’Intellect —, il est donc censé être purement rationnel, or dans une telle conception du monde, l’existence du mal n’apparaît en rien comme allant de soi. Dès lors, nous nous pouvons nous interroger sur le statut de l’existence du mal dans le monde. Le problème est le suivant : dans quelle mesure le mal peut-il et peut-être doit-il habiter un monde providentiel ? Mais si le mal ne peut ni ne doit exister dans un monde providentiel, à quoi faut-il renoncer dans notre conception du monde, à l’existence du mal ou l’existence d’une providence habitant et ordonnant le monde ? Pour le stoïcien Chrysippe, le mal doit nécessairement exister dans un monde, même providentiel, car il est utile et que le bien sans le mal, que cherche à faire atteindre la philosophie, n’aurait pas de réalité substantielle. En revanche, pour le platonicien Plutarque, le mal existe dans le monde mais il faut renoncer à l’idée d’un monde providentiel sans quoi l’on ferait de Dieu le responsable originel du mal, ce qui va en contradiction avec le sens commun de la notion de Dieu.

Le texte se déploie en trois moments. Dans un premier moment (lignes 1-6), Plutarque restitue la thèse de Chrysippe justifiant l’existence du mal dans le monde ainsi qu’une de ses citations, avec, nous semble-t-il, une pointe d’ironie puisque cette dernière va être l’objet de la réfutation qu’entend, par la suite, mener Plutarque. Dans un deuxième moment (lignes 6-12), Plutarque pose une première critique, laquelle examine ce que la thèse de Chrysippe implique concernant le rapport entre le mal et Dieu dans la conception stoïcienne du monde. Enfin, dans un troisième moment et dernier moment (lignes 12-21), Plutarque pose une deuxième critique, laquelle vise à invalider l’argument qu’il a cité de Chrysippe dans le premier moment du texte ; précisons que cette invalidation est double : d’une part, il remet en cause qualitativement la célèbre analogie stoïcienne de la vie comme une pièce de théâtre, et d’autre part, il remet en cause quantitativement l’analogie chrysippéenne car le rapport quantitatif du mal présent dans la vie comparé à celui de passages risibles présents dans une comédie n’est pas du tout le même.

Lire la suite »

La responsabilité individuelle peut-elle être un critère satisfaisant de justice sociale ?

En février dernier, j’avais lu un livre de Jean-Fabien Spitz intitulé POURQUOI lutter contre les inégalités ?. N’ayant relevé que deux articles à propos de ce livre (cf. Bibliographie à la fin de l’article), je me permets de rajouter ma petite pierre à l’édifice pour vous faire découvrir ce livre dont la lecture m’a paru tout à fait stimulante pour réfléchir à la question de savoir s’il faut concéder ou non une place à la responsabilité individuelle et au mérite dans une théorie de la justice.

Présentation de l’auteur :

Jean-Fabien Spitz est normalien, agrégé de philosophie et actuellement professeur de philosophie politique à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Il est l’auteur notamment de La liberté politique (1995), John Locke et les fondements de la liberté moderne (2001), Le moment républicain en France (2005) et Abolir le hasard ? Responsabilité individuelle et justice sociale (2008). Il a également traduit des ouvrages majeurs de la philosophie politique contemporaine anglo-saxonne tels que Au nom du peuple de Bruce Ackerman (1998), Le libéralisme et les limites de la justice de Michael Sandel (1999), Républicanisme de Philip Pettit (2004) et La vertu souveraine de Ronald Dworkin (2007).

Résumé de l’ouvrage :

Cet ouvrage de Jean-Fabien Spitz intitulé Pourquoi lutter contre les inégalités ?[1] reprend l’objet d’étude de son précédent ouvrage intitulé Abolir le hasard ? Responsabilité individuelle et justice sociale[2] en s’adressant cette fois-ci à un public plus large de par la forme de la dissertation qu’il revêt, propre à la collection «Le temps d’une question» des éditions Bayard, rendant ainsi le propos davantage accessible.

Jean-Fabien Spitz part du constat d’une idée qui imprègne de plus en plus le débat public, celle de l’incompatibilité entre l’égalité et la liberté — les deux valeurs phares de la modernité. Si l’on écoute le discours souvent tenu par la droite de l’échiquier politique (mais à force de matraquage, il arrive parfois même à déteindre sur une partie de la gauche, ou tout du moins des gens qui prétendent en être), les politiques de redistribution porteraient d’une part préjudice à ceux qui veulent se donner les moyens d’accroître le gâteau des richesses et d’autre part conforteraient les bénéficiaires de ces politiques dans leur position d’«assistés», elles seraient donc inefficaces du point de vue économique et injustes du point de vue de la rétribution de la responsabilité et du mérite individuels. Dans un tel contexte idéologique où la solidarité passe pour de l’assistanat, la lutte contre les inégalités n’apparaît plus comme une évidente nécessité. Ainsi, la question qui se pose n’est plus « Comment lutter contre les inégalités ? », mais bien « Pourquoi lutter contre les inégalités ? ». Les deux problématiques qui parcourent la réflexion de l’ouvrage sont les suivantes : « à quelles formes d’égalité et de justice est-il possible de souscrire sans tomber dans l’accusation d’inefficacité économique ? » et « quel statut dans la réflexion politique accorder aux concepts de mérite et de responsabilité ? ».

Lire la suite »

À quel type de liberté vont vos préférences personnelles ?

La liberté a cette essence paradoxale d’être perçue de nos jours à la fois comme un bien concret inaliénable et un idéal vers lequel tendre. Comment se fait-il que, si l’on considère la liberté comme constitutive du propre de l’être humain, celle-ci nécessite un sempiternel combat pour la défendre ?

La liberté est une notion extrêmement vaste qui a revêtu des acceptions différentes, voire contradictoires, d’une part suivant les époques civilisationnelles et d’autre part suivant les courants de pensées qui s’en prévalent. C’est pourquoi nous jugeons qu’il sera utile dans un premier temps de notre exposé de rappeler sur quoi reposent la dichotomie entre liberté des Anciens et liberté des Modernes opérée par Benjamin Constant ainsi que celle entre liberté positive et liberté négative mise en évidence par Isaiah Berlin. Nous pourrons alors dans un second temps de notre réflexion interroger la pertinence des catégories de ces dichotomies pour ensuite tenter de développer une autre conception de la liberté irréductible à l’une ou l’autre des catégories proposées par les dichotomies présentées et apte à répondre aux diverses exigences de notre époque contemporaine. Enfin, nous devrons à partir de là penser quelques moyens possibles que nous pourrions mettre en œuvre pour donner réalité à cette conception de la liberté.

Lire la suite »

Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme

  • Nature du devoir : questions de compréhension générale d’un livre
  • Cours : Terminale ES, philosophie
  • Note : 19/20

■ donnez une définition générale de la technique. Pourquoi Sartre parle-t-il de la technique ? Qu’est-ce que la vision technique du monde ?

La technique, c’est l’équivalent d’une méthode pour arriver à une fin, c’est une manière de faire. C’est un ensemble de procédés employés pour obtenir un résultat déterminé. Elle concerne les objets, les mécanismes nécessaires à une action.

Sartre parle de la technique pour introduire la distinction entre essence et existence. L’essence est la nature de quelque chose, ce qui la définit, c’est être par définition. L’existence est le fait d’exister, c’est être dans la réalité.

La vision technique du monde se caractérise par le fait que l’essence précède l’existence. Pour Sartre, cette vision technique du monde s’applique aux objets, il nous le montre avec l’exemple d’un coupe-papier qui a été conçu, doit respecter un certain nombre de caractéristiques qui sont propres à sa nature, ce qui définit un coupe-papier pour exister ; en ce sens, le coupe-papier est déterminé à être ce qu’il est. Appliquée à l’homme, la vision technique du monde pose l’existence d’une “nature humaine” qui détermine l’homme à être d’une certaine manière, d’avoir telles valeurs, tels comportements… de suivre un “modèle de l’homme”. Il y aurait un Dieu créateur qui fabrique l’homme comme l’artisan fabrique un objet. C’est à cette position que s’oppose Sartre. L’existentialisme s’oppose au déterminisme. Pour lui, contrairement aux objets, chez l’homme, “l’existence précède l’essence”. L’homme n’a pas de modèle, de références pour construire son existence. L’homme n’a pas de “mode d’emploi” pour devenir homme. L’homme n’a pas de nature en fonction de laquelle il va exister. L’homme n’est pas “pré-définit”, par-delà l’homme n’est pas déterminé à être ce qu’il est. C’est à partir de son existence qu’il peut se définir. L’homme est libre d’être ce qu’il est.

Lire la suite »

Doit-on apprendre à devenir soi-même ?

  • Nature du devoir : dissertation de bac blanc en 4h
  • Cours : Terminale ES, Philosophie
  • Note : 18/20

L’homme est un animal métaphysique. À un moment ou à un autre de notre vie, nous nous posons tous des questions existentielles, nous traversons des crises identitaires. On croyait se connaître et on se rend compte qu’en réalité, on a d’une part du mal à connaître qui nous sommes et d’autre part à savoir si nous sommes nous-même. De plus, dans ces moments d’interrogation sur soi, on a tendance à se replier sur soi et nous pouvons ressentir un sentiment de marginalisation. On se demande si nous pouvons être nous-même. Ne serait-il pas plus facile d’«être comme tout le monde» ? Mais cela voudrait dire que nous ne prenons pas part de notre responsabilité. Ainsi être soi-même en tant qu’être sincère qui assume son identité apparaît comme un devoir : c’est à nous-même de nous poser des obligations morales. Mais comme on ne se reconnaît pas toujours dans ce que nous sommes, il faudra donc se demander par quel processus parvenons-nous à devenir nous-même.

Nous verrons dans un premier temps qu’a priori nous sommes nous-même mais dans un deuxième temps nous verrons que sans un travail sur soi-même, nous sommes déterminés par des causes qui nous échappent et donc dans un dernier temps, nous verrons à quelles conditions il est possible de devenir soi-même.

Lire la suite »