À cœur ouvert. Merci 2017, bonjour 2018.

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Me voilà ressourcée après ces 5 jours de stage de méditation et clown. Ressourcée car ces deux pratiques me permettent de toucher la source de la vie. La vie, c’est l’amour. L’amour, c’est le mouvement de l’ouverture. En méditant, je m’ouvre à mon cœur. En clownant, j’expose ce cœur ouvert au monde.
Il y a un an, le 1er janvier 2017, je formulais le souhait d’explorer les ponts possibles entre ces trois pratiques que sont la philosophie, la méditation et le clown. 2017 m’a offert de nombreuses belles occasions pour ce faire, j’ai été plus que servie. Et la dernière demie-heure de 2017 a été la cerise sur le gâteau : méditer soi-même en clown et entourée d’autres clowns-méditants ! Pendant cette méditation, une immense gratitude m’a habitée. Et lorsque je suis allée me coucher après ce magnifique et atypique réveillon, des vagues de larmes de gratitude ont jailli sur le lit. J’ai revu mon année défiler et toutes les belles personnes que j’ai (re)découvertes cette année, qui s’aventurent, de près ou de loin, sur des chemins communs. J’ai envie de placer 2018 sous le signe de la gratitude et commencer cette nouvelle année en vous adressant un grand merci pour vos présences rayonnantes, qui me donnent une pleine confiance pour continuer à cheminer ensemble.
Puisse chacune, chacun s’ouvrir davantage et reconnaître la beauté des êtres qui les entourent. Reconnaissante année 2018 ! 

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Expérimentation d’atelier clown-philo pour enfants

« Quand j’ai mis le nez rouge, j’ai senti que quand vous rigoliez tous vos rires et toutes mes émotions passaient dans mes baskets, mes jambes, mon ventre et même dans mon nez et ma bouche. »  – Sofia, CP

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Le clown et le philosophe semblent proposer deux manières d’être au monde assez différentes, le premier habitant pleinement le monde sensible et le second recherchant l’élévation vers le monde intelligible. Le clown vit par tout ce qui traverse son corps et son cœur, « à chaud » alors que le philosophe réfléchit « à froid », il prend du recul par rapport à ce qu’il vit pour bien penser.

Cependant, le clown et le philosophe partagent un point commun essentiel dans leur manière d’être au monde : leur posture d’étonnement. Le clown tâtonne, expérimente et s’étonne. Le philosophe s’étonne, se questionne et développe une pensée réflexive. Si l’étonnement est une faculté naturelle à tout être humain dès qu’il vient au monde, cette faculté demande néanmoins à être cultivée pour rester vivante. Comme le dit si bien John Dewey, la tâche de l’éducateur est « de conserver l’étincelle sacrée de l’étonnement et d’attiser la flamme qui brûle déjà ».

Aujourd’hui, lors de mon atelier philo avec un groupe de CP, pour cultiver cette étincelle sacrée de l’étonnement, j’ai voulu sortir de la routine des ateliers philo commençant par la lecture d’une histoire philosophique, expérimenter quelque chose de nouveau en commençant cette fois-ci par une pratique du clown. J’ai déjà animé plusieurs centaines d’ateliers philo, plusieurs dizaines d’ateliers clown avec les enfants mais je n’avais encore jamais essayé de mettre les deux pratiques dans un même atelier bien que l’idée de construire un pont entre les deux pratiques me trotte dans la tête depuis quelques mois. Les enfants de cet atelier étant relativement habitués à discuter de questions issues des cueillettes de questions posées et choisies par eux-mêmes, je suis venue sans avoir préparé de questions à discuter après l’exercice d’initiation au clown en faisant confiance au fait que l’expérience vécue susciterait certainement autant de questions que les histoires lues. L’exercice d’initiation au clown consistait juste à découvrir le rituel pour mettre le nez rouge et une fois le nez rouge en place, prendre le temps de rencontrer les autres participants par le regard et sentir ce que ce nez rouge et ces regards nous font traverser corporellement et émotionnellement. Après que chacun ait expérimenté le clown, chacun, à l’aide d’une balle de parole, a pu s’exprimer sur ce qu’il avait vécu et poser une question qui lui était venue suite à cette expérience :

  • Pourquoi fait-on du clown ? Eliott
  • Quel est le lien entre le clown et la joie ? Esther
  • Qu’est-ce qui nous donne envie de rigoler ? Tom
  • Pourquoi quand on voit quelqu’un rigoler a-t-on aussi envie de rigoler ? Pauline
  • Pourquoi aime-t-on que les autres rigolent quand on est clown ? Martin
  • Pourquoi le clown a parfois peur ? Mehdi
  • Pourquoi quand les autres rigolent de nous croit-on qu’ils sont méchants ? Kethura
  • Pourquoi met-on un nez pour être un clown ? Sofia
  • Pourquoi les clowns ont des nez rouges ? Louis

La cloche de l’accueil de loisirs a sonné à la fin de la cueillette de questions. Les enfants choisiront la question sur laquelle dialoguer lors de la prochaine séance, à suivre donc. 😉

 

La méditation et le clown, deux voies pour s’ouvrir à la nudité de l’être.

Mon parcours personnel m’a amenée à m’engager parallèlement il y a près de 2 ans sur les voies de la méditation et du clown. Je dis parallèlement car je m’y suis intéressée au départ de manière indépendante. Et, de prime abord, on pourrait considérer que la méditation et le clown n’ont rien de commun et même s’orientent vers deux directions divergentes : la méditation étant plutôt associée à la paix et à la sagesse et le clown plutôt au rire voire à la folie. Mais, derrière ces idées relativement stéréotypées, ce qui m’a profondément touchée en m’immergeant dans ces deux pratiques, est qu’elles convergent vers une même aspiration : elles constituent deux voies pour s’ouvrir à la nudité de l’être.

Nous vivons dans une société où nous sommes sans cesse en train de faire des projets, où nous cherchons à accomplir des objectifs et l’accomplissement ou le non-accomplissement de ces objectifs signe notre réussite ou notre échec. Nous nous identifions au rôle social que nous jouons, nous cachons notre être derrière une fonction. La méditation et le clown ne sont pas un ensemble de techniques pour atteindre des états particuliers — que ce soit un état individuel de paix ou un état de rire du public — mais bien plutôt des manières d’être au monde qui nous invitent à entrer pleinement en rapport à notre expérience telle qu’elle est, sans chercher à la manipuler ni même la maquiller. Nous ne pouvons pas rater la pratique de la méditation ni du clown car il n’y a rien à réussir, il y a juste à être et habiter le présent, quelle que soit l’expérience que nous traversons ici et maintenant. Ce qui compte, ce n’est pas le but, c’est le chemin, ou comme le dit si justement le titre d’un ouvrage de Chögyam Trungpa « le chemin est le but ».

Lors de la pratique de la méditation comme du clown, nous développons une présence attentive et bienveillante qui cesse de tout juger par le filtre mental. Nous retrouvons notre enfant intérieur et notre regard d’étonnement face au fait d’être au monde, c’est comme si nous redécouvrions tout à neuf. Nous nous ouvrons à notre cœur à nu et nous accueillons toutes les émotions qui nous traversent.  À la différence de la vie sociale souvent tournée vers la compétition et la recherche effrénée de performance, où il nous faut toujours nous montrer fort, quand bien même ce n’est souvent qu’un masque que nous enfilons pour nous protéger, la méditation et le clown nous autorisent et même nous encouragent à donner droit à notre fragilité et au fait d’être touché. Cette part sensible de notre être n’est certes pas toujours facile ni confortable à accepter mais elle est ô combien précieuse pour vivre une vie authentiquement humaine.