Manie de l’interrogation.

«Le premier penseur fut sans nul doute le premier maniaque du pourquoi. Manie inhabituelle, nullement contagieuse. Rares en effet sont ceux qui en souffrent, qui sont rongés par l’interrogation, et qui ne peuvent accepter aucune donnée parce qu’ils sont nés dans la consternation.»

Emil Michel Cioran, De l’inconvénient d’être né

Le bonheur, une illusion perdue ?

Un vieux et bref texte que j’avais écrit le 6 février 2008. Deux ans passés, déjà.

En quête désemparée d’une lueur au fin fond des ténèbres de la vie.

Sortir, se vider l’esprit, s’emplir d’émotions qui donnent un sens à ta vie, ou tout du moins c’est ce dont tu as l’impression à ces tendres instants. Croire que tout recommence comme avant, que le bonheur existe, que tu nages dedans même. Puis la semaine redémarre, l’ivresse de la somme de joies du week-end a disparu, tu retournes tel un robot dans l’habitude mécanique de ce si lassant quotidien. Sauf que l’homme est un animal métaphysique. C’est pourquoi tu passes des nuits blanches à chercher un sens à tout ça. Seulement, tu n’en trouves désespérément pas. Propre de l’illusion que de croire qu’il existe et un beau jour, tu perçois la supercherie. Les idées noires resurgissent, t’envahissent. De surcroît, un torrent de larmes se déverse sur la pâleur de ton visage défait, qui ne reflète que celle de ton âme. Et la seule chose qui te laissait un soupçon d’espoir, c’était de voir des gens autour de toi qui semblaient heureux. Mais, car il y a hélas toujours un mais, quand tu vois que ce sentiment d’absurdité, cette lucidité qui nous subtilise le bonheur de l’imbécile heureux que nous avions, se répand autour de toi, tu culpabilises d’avoir parler des tes soucis. Plus forte encore que l’envie de se donner la mort, c’est l’envie de disparaître, de n’être jamais né qui t’obsède. Pourtant tu sais que la souffrance que tu laisserais, si tu en venais à accomplir le seul acte qui pourrait donner un sens à ta vie insensée soit-elle. Sens à ta vie ? Voire sens à la vie ? Car au fond, cette idée de suicide qui te hante n’est pas la conséquence de petites situations singulières mais celle d’une réflexion universalisable sur la vie en général mais alors, serait-ce donc la volonté d’éteindre l’humanité qui te serait chère ? Non, tu ne peux pas en être tout de même à ce point. Alors, tu voudrais quand même continuer à penser le suicide mais sans que cette pensée individuelle engage une quelconque responsabilité collective. Tu décides de ne t’en parler plus qu’à toi-même du suicide. Mais tu t’engouffres ici de ne plus parler à personne, d’entrer dans une voie de marginalité. L’exclusion te guette mais que faire ? Et là, tu en as trop accumulé et sachant que tu t’es éloigné des gens qui t’étaient chers, tu crois qu’ils t’ont sûrement oublié, tu ne feras donc de mal à personne. Tu es seul et il reste encore une personne de trop ici, voilà que le coup fatidique s’est produit de ta propre main. Tout est fini, tant pis.

Souvenirs présents de solitude hospitalière.

Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.

Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.

« Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud, et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l’eau ; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût ; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir ! »

Mon âme ne répond pas.

« Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante ? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons ? »

Mon âme reste muette.

« Batavia te sourirait peut-être davantage ? Nous y trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la beauté tropicale. »

Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte ?

« En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ? S’il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort. — Je tiens notre affaire, pauvre âme ! Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c’est possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer ! »

Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde ! »

Charles Baudelaire, «Any where out of the world» in Petits poèmes en prose, XLVIII

Un an de ratures de vie.

Ce sont mes traces grifonnées sur facebook durant l’année de 2009. Je peux sans problème réécrire l’un de mes statuts de janvier 2009 : parce qu’au fond, on ne tourne pas la page d’une douloureuse année si simplement…

Janvier

  • devrait aller se coucher car elle doit être à l’aéroport adoré de Genève à 6h40 au plus tard.
  • direction retour sur Nice, combien de temps va-t-elle encore mettre ?
  • alpes enneigées, soleil levant… et arrivée à l’heure, n’est-ce pas magnifique ?
  • parce qu’au fond, on ne tourne pas la page d’une douloureuse année si simplement…
  • va un peu mieux ce soir, a été chez le médecin cet aprèm mais c’était pfff et va finir par détester tous les médecins.
  • retourne se coucher après s’être fait une table de vérité de plus de 1000 cases sur le dialogue entre Pluto et Socrate (moi folle ?).
  • regarde les étoiles du cirque de moscou sur glace pour se changer les idées.
  • est totalement déroutée.
  • est en haute-savoie, désespérée, pour une période indéterminée.
  • est assommée ; bâille, bâille et bâille sous l’effet des médicaments.
  • va s’endormir et se noyer dans son bain.
  • hiberne.
  • passe la moitié de ses journées dans son lit et l’autre moitié comme un zombie bâillant sans cesse.
  • a skié aux Mouilles, a été à Cervens pour discuter avec son instituteur de CM1 et part voir son prof de cirque.
  • est en pleine crise de larmes, vient de se faire détruire.
  • achevée.
  • complètement anéantie psychologiquement.
  • ressort de ses 5 jours passés à l’hôpital, retourne demain sur Nice.
  • ne sait pas où elle en est, et encore moins où elle va…
  • s’enfonce, veux s’enfuir de ce monde engorgé de ronces, où elle ne parvient à se construire.
  • « Une vie humaine est une vie où nous éprouvons l’inhospitalité de notre condition. »
  • est à nouveau en haute-savoie.

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Le philosophe est-il un médecin ?

  • Nature du devoir : dissertation de partiel en 4h
  • Cours : L1, Philosophie morale et politique
  • Note : 14/20

Par la désignation de philosophe, l’opinion commune entend la personne qui s’adonne à la discipline philosophique. On peut définir la discipline philosophique comme une matière qui produit une construction abstraite nommé le discours philosophique. Le philosophe, c’est celui qui créé des concepts. On s’imagine souvent (mais peut-être à tort) le philosophe comme un intellectuel isolé dans ses écrits et ses lectures. En revanche, le médecin est quelqu’un qui s’inscrit par définition dans un rapport social, le rapport médecin/patient. Le médecin, c’est celui qui diagnostique son patient, c’est-à-dire détermine sa ou ses maladies, et vise à lui apporter un soin. Pour ce faire, il allie un savoir scientifique à une technique pratique.

À partir de ces deux premières définitions, nous avons du mal à voir ce qui rassemble philosophe et médecin. Mais, reprenons la définition du philosophe sous l’angle de son étymologie. Le mot philosophe vient de philosophie, qui se décompose en grec par -philia : l’amour raisonnable, l’amitié et -sophia : la savoir, la sagesse. Le philosophe est donc celui qui aime le savoir et la sagesse. Nous voyons alors que par discipline philosophique, peut se révéler une certaine manière de vivre. Le savoir théorique du philosophe est ici lié à un souci pratique que nous pouvons définir comme un souci éthique.

Dès lors, nous apercevons une certaine correspondance entre la pratique du médecin et celle du philosophe. Nous allons nous interroger sur la question : le philosophe est-il un médecin ? Cette question nous demande de nous attarder sur l’essence du philosophe : notre travail consistera à chercher une définition de la personne qu’on nomme philosophe. Nous devrons étudier si son essence est en rapport avec celle du médecin. Si le philosophe est un médecin, nous devrons nous demander : qui soigne-t-il ? Par quoi se caractérise un malade ? Quels sont les moyens utilisés pour le faire accéder à la santé ?

Nous verrons qu’en se basant sur la définition de l’opinion commune de la figure du philosophe, celui-ci n’est en rien un médecin. Mais ensuite, nous corrigerons cette définition et nous nous rendrons compte que le philosophe est son propre médecin. Enfin, nous verrons qu’il ne s’y contente pas seulement, qu’il est aussi le médecin des hommes.Lire la suite »

Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme

  • Nature du devoir : questions de compréhension générale d’un livre
  • Cours : Terminale ES, philosophie
  • Note : 19/20

■ donnez une définition générale de la technique. Pourquoi Sartre parle-t-il de la technique ? Qu’est-ce que la vision technique du monde ?

La technique, c’est l’équivalent d’une méthode pour arriver à une fin, c’est une manière de faire. C’est un ensemble de procédés employés pour obtenir un résultat déterminé. Elle concerne les objets, les mécanismes nécessaires à une action.

Sartre parle de la technique pour introduire la distinction entre essence et existence. L’essence est la nature de quelque chose, ce qui la définit, c’est être par définition. L’existence est le fait d’exister, c’est être dans la réalité.

La vision technique du monde se caractérise par le fait que l’essence précède l’existence. Pour Sartre, cette vision technique du monde s’applique aux objets, il nous le montre avec l’exemple d’un coupe-papier qui a été conçu, doit respecter un certain nombre de caractéristiques qui sont propres à sa nature, ce qui définit un coupe-papier pour exister ; en ce sens, le coupe-papier est déterminé à être ce qu’il est. Appliquée à l’homme, la vision technique du monde pose l’existence d’une “nature humaine” qui détermine l’homme à être d’une certaine manière, d’avoir telles valeurs, tels comportements… de suivre un “modèle de l’homme”. Il y aurait un Dieu créateur qui fabrique l’homme comme l’artisan fabrique un objet. C’est à cette position que s’oppose Sartre. L’existentialisme s’oppose au déterminisme. Pour lui, contrairement aux objets, chez l’homme, “l’existence précède l’essence”. L’homme n’a pas de modèle, de références pour construire son existence. L’homme n’a pas de “mode d’emploi” pour devenir homme. L’homme n’a pas de nature en fonction de laquelle il va exister. L’homme n’est pas “pré-définit”, par-delà l’homme n’est pas déterminé à être ce qu’il est. C’est à partir de son existence qu’il peut se définir. L’homme est libre d’être ce qu’il est.

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Le désir est-il la marque de la misère de l’homme ?

  • Nature du devoir : bac blanc en 2h (avec préparation du plan à la maison)
  • Cours : Terminale ES, philosophie
  • Note : 15/20

On distingue communément l’homme des autres animaux comme un sujet doué de raison, c’est-à-dire qu’il est un être rationnel. D’autre part, on le distingue comme un être de désir. «Sois raisonnable, ne prends pas tes désirs pour la réalité» avons-nous tous entendu de la part de nos parents, opposant ainsi la raisons au désir. Sous-jacente, se trouve la conception du bonheur. En effet, la philosophie antique affirme que le bonheur, c’est la sagesse qui s’acquiert par la maîtrise de ses désirs grâce à l’usage de sa raison. Mais, on peut aussi définir le bonheur comme l’accomplissement de ses désirs. Dès lors, il faut s’interroger sur la nature du désir.

Nous allons nous demander si le désir est la marque de la misère de l’homme. Du latin desiderare («regretter l’absence de»), on a souvent défini le désir comme manque et de par cette définition, il serait impossible au désir de se réaliser, auquel cas il ne serait plus désir. Cela serait le signe de l’impuissance de l’homme qui cherche alors à se débarrasser de ses désirs. Pourtant, n’est-ce pas cela le propre de la faiblesse de l’homme que de renier sa nature en qu’être de désir ? Nous nous demanderons alors comment le bonheur peut-il aller de pair avec le désir ? Nous verrons que le désir se corrèle avec le plaisir et enfin que c’est le désir qui permet d’exister.

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