L’éliminativisme : un matérialisme radical en philosophie de l’esprit.

La philosophie de l’esprit est un champ disciplinaire de la philosophie qui interroge le problème du rapport de l’esprit et du corps, ou pour le dire en d’autres termes, du rapport des états mentaux et des états physiques. Michael Esfeld, dans son livre d’introduction à La philosophie de l’esprit, résume le problème de la philosophie de l’esprit en trois propositions :

  • 1/ le principe de distinction entre les états mentaux et les états physiques : les états mentaux sont distincts des états physiques
  • 2/ le principe de causalité mentale : les états mentaux causent des états physiques
  • 3/ le principe de la complétude causale, nomologique et explicative du domaine des états physiques : pour tous les états physiques p, dans la mesure où un état physique p a des causes, est soumis à des lois et permet une explication, l’état physique p a des causes physiques complètes, est soumis à des lois physiques complètes, et possède une explication physique complète

L’éliminativisme est une position en philosophie de l’esprit apparue dans les années 60 sous la houlette de Wilfred Sellars, Willard Van Orman Quine, Paul Feyerabend et Richard Rorty, et dont l’appellation «eliminative materialism» date de l’article «On the Elimination of ‘Sensations’ and Sensations» de James Cornman paru en 1968. Les défenseurs les plus influents actuellement de l’éliminativisme sont Patricia et Paul Churchland. Paul Churchland est titulaire d’un doctorat de l’Université de Pittsburgh soutenu en 1969 sous la direction de Wilfred Sellars et enseigne depuis 2006 à l’Université de Californie à San Diego. Le célèbre article dans lequel il expose clairement sa position éliminativiste est «Eliminative Materialism and the Propositional Attitudes», paru originalement en 1981 dans la revue Journal of philosophy et traduit en français par Pierre Poirier sous le titre «Le matérialisme éliminativiste et les attitudes propositionnelles», paru en 2002 dans le recueil coordonné par ce dernier et Denis Fisette intitulé Philosophie de l’esprit. Psychologie du sens commun et sciences de l’esprit. C’est d’ailleurs cette traduction qui constitue la référence principale de notre travail.

Le double-problème auquel veut répondre Churchland dans son article est le suivant :

  • peut-on se contenter de réduire les états mentaux aux états physiques ou bien doit-on purement éliminer les états mentaux et ne considérer comme réellement existants que les états physiques ?
  • y a-t-il une spécificité à la psychologie qui rend nécessaire sa conservation aux côtés des neurosciences ou bien les neurosciences doivent-elles purement remplacer et non compléter la psychologie ?

La thèse que Churchland soutient est que les états mentaux sont des concepts de la psychologie du sens commun, or la psychologie du sens commun étant une théorie fausse qui sera à terme remplacée par les neurosciences, une fois la psychologie du sens commun disparue, les états mentaux seront par suite éliminés.

Notre travail consistera en une explication de l’argumentation développée par Churchland dans son article, puis en une évaluation de la pertinence de son argumentation. L’enjeu sera de voir dans quelle mesure pouvons-nous sérieusement nous passer de la psychologie et des états mentaux.

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