Individu et communauté.

[Firenze, le Ponte Vecchio depuis l’esplanade Michelangelo, 22 janvier 2011]

 

Introduction

L’individu et la communauté apparaissent à première vue comme deux entités radicalement distinctes. D’un côté, nous avons l’individu, du terme latin individuum, qui désigne une réalité en tant qu’on la considère à la fois comme indivisible et comme différente de toute autre, ce qui lui garantie son unicité. De l’autre, nous avons la communauté, de l’association des termes latins cum et munus, qui désigne un groupe social dont les membres sont liés par un attachement partagé à une loi commune. À travers ces deux entités radicalement distinctes, nous pouvons dégager deux modalités d’existence de l’être humain qui se trouvent en tension : celle qui le pousse à chercher ses semblables et celle qui le pousse à s’émanciper et s’affranchir de l’obéissance à la loi commune. C’est ce qu’Emmanuel Kant souligne justement dans la Quatrième proposition de son Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, avec son concept d’«insociable sociabilité», qui désigne conjointement l’«inclinaison à s’associer» et le «penchant à se séparer (s’isoler)» de l’homme.

L’objet de notre interrogation va être le suivant : quelle est la nature du rapport individu-communauté ? Nous serons amenés à observer comment évolue ce rapport au cours de l’histoire humaine, à partir de quoi nous nous demanderons dans quelle mesure l’individu et la communauté sont-ils voués à se trouver en conflit ? Il s’agira d’essayer de déterminer si l’individu et la communauté relèvent de deux logiques nécessairement opposées l’une à l’autre ou bien si elles peuvent puiser des ressources l’une dans l’autre pour se constituer. En somme, nous essaierons de penser à quelles conditions individu et communauté peuvent se réconcilier.

Nous allons déployer notre réflexion en trois moments. Dans un premier moment, nous verrons comment individu et communauté ont entretenu au cours de l’histoire un rapport de nature antagonique, avec le point culminant de l’hyper-individualisme de notre contemporanéité. Puis dans un deuxième moment, nous nous demanderons si l’individu contemporain est-il si indépendant de toute appartenance communautaire qu’il le prétend et nous verrons alors le rapport instrumental qu’entretient l’individu à ses différentes communautés. Enfin dans un troisième et dernier moment, nous serons amenés à penser comment la diversité des individus et des communautés, qui forment d’une certaine manière des grands individus, peut se rassembler sous une même communauté tout en conservant leurs qualités individuelles. Nous verrons alors se dégager le rapport constitutif qui lie intimement individu et communauté.

I – Individu et communauté : un rapport antagonique

Dans cette première partie, nous souhaiterions montrer que le rapport individu-communauté s’est avant tout pensé comme antagonique. Cela signifie que l’on pourrait placer les catégories individu et communauté sur un même curseur dont elles constitueraient respectivement les extrémités. C’est pourquoi la question du rapport individu-communauté s’est posée davantage sous la forme : «individu ou communauté ?», en comprenant ce «ou» comme un «ou» exclusif. Plus l’on donnait de place à la communauté, moins l’on en donnait à l’individu, et inversement. Ainsi, il a fallu trancher entre primat donné à la communauté ou bien primat donné à l’individu.

A – Le primat de la communauté chez les Anciens

Tout d’abord, nous allons nous intéresser au rapport individu-communauté chez les Anciens. Comment se caractérise-t-il ? Chez les Anciens, le rapport est très nettement en faveur de la communauté. Le primat de la communauté sur l’individu est compris comme primat du tout sur la partie. Aristote nous dit d’ailleurs au chapitre 2 du livre I des Politiques qu’«une cité est par nature antérieure à une famille et à chacun de nous. Le tout, en effet, est nécessairement antérieur à la partie». Ce propos a une portée à la fois descriptive et normative. D’une part, il indique que la communauté est première vis-à-vis de l’individu d’un point de vue chronologique. D’autre part, la communauté a une supériorité axiologique par rapport à l’individu en ceci qu’aucun individu ne peut être autosuffisant, seule la communauté politique est autarcique, elle permet à la fois de vivre et, mieux encore, de bien-vivre. Pour parvenir à la vie bonne, l’individu doit alors se soumettre au gouvernement de la loi, dont le fondement réside idéalement dans la hiérarchie des natures au sein de l’ordre du monde.

Quelle place reste-il à l’individu placé au cœur de la communauté chez les Anciens ? Pour répondre à cette question, il nous faut nous attarder sur la signification du terme de communauté. Le sociologue Ferdinand Tonnïes a distingué deux types de groupements sociaux de nature différenciée dans un ouvrage paru en 1887 intitulé Gemeinschaft und Gesellschaft, traduit par Communauté et société. La communauté, la Gemeinschaft, s’apparente à ce que nous nommons les sociétés traditionnelles tandis que la société, la  Gesellschaft, s’apparente aux sociétés modernes. Ce qui différencie la première de la seconde, c’est qu’elle est constituée par une unité absolue à un point tel qu’elle exclut toute distinction des parties. Or si l’individu est l’être qui se constitue par sa distinction, alors l’individu n’a pas d’existence dans la communauté. L’individu est une illusion, toute partie de la communauté est entièrement conditionnée et déterminée par la volonté organique commune de la communauté. Aucune place n’est laissée à la possibilité de volontés individuelles divergentes de la volonté commune.

B – La naissance de l’individu chez les Modernes

La modernité va opérer un changement radical dans la conception du monde. Le monde n’est plus perçu comme régi par un ordre naturel transcendant. En effet, tandis que le monde des Anciens était centré autour de la nature, le monde des Modernes va se centrer autour de l’histoire et par suite autour de l’homme et de sa capacité d’autodétermination. Ce n’est plus Dieu qui a la charge d’ordonner la destinée commune des hommes, c’est l’homme lui-même qui est seul responsable de son existence. L’homme moderne est celui qui s’est émancipé des structures hiérarchiques dans lesquelles il était enclos, il s’est donc individualisé. L’homme n’est plus fondu dans une communauté, il est un individu acteur de la société. Le groupe social humain n’est plus une communauté, mais une société, une Geslleschaft, qui se compose alors d’une agrégation d’individus distincts, chacun maîtres de leur volonté individuelle respective. L’individu est affirmé comme principe, il est alors le porteur de droits subjectifs lui permettant de garantir sa liberté individuelle.

L’ambiguïté constitutive de l’individu moderne va résider dans ce qu’on entend par liberté individuelle. Que signifie l’émancipation de l’individu ? La modernité est allée de pair avec la mise en place de systèmes démocratiques. L’individu émancipé est alors considéré comme un sujet autonome, capable de choisir et se donner sa propre loi. La loi ne vient plus d’une transcendance. Autrement dit, la tradition ne s’impose plus de manière hétéronome à l’individu. C’est la somme de volontés individuelles qui va déterminer la loi. Mais l’individu n’est pas seulement érigé qu’en principe, il est érigé également en valeur tel que un individu vaut un individu. Le processus de démocratisation s’est alors caractérisé par l’égalisation des conditions. Dans le tome 2 de De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville va montrer qu’à mesure que les conditions s’égalisent, vont se développer l’individualisme moderne et ses dérives. Les individus vont progressivement abandonner la sphère publique pour se retourner vers leur sphère privée, laissant entrevoir une atomisation du social. Nous pouvons alors qualifier leur liberté non plus d’autonomie mais d’indépendance.

C – L’individu indépendant chez les Contemporains

C’est ce penchant à l’indépendance qui se voit exacerbé dans notre époque contemporaine. Lorsque dans les débats publics, certains hommes politiques fustigent l’individualisme de notre société, il ne s’agit pas de remettre en cause le premier individualisme, idéal des Lumières faisant de l’individu un sujet autonome, mais bien de dénoncer cet individualisme qui atomise profondément le social faisant des individus non pas seulement des individus distincts les uns des autres mais des individus purement séparés et isolés les uns des autres. Dans L’ère du vide, le philosophe Gilles Lipovetsky dit que «nous vivons une deuxième révolution individualiste» qui met en place un «néo-individualisme narcissique». Si la première révolution individualiste défendait les valeurs individualistes sur un plan politique, la seconde révolution individualiste étend les valeurs individualistes sur tous les plans de l’existence : nous serions alors passés d’un individualisme «limité» à un individualisme «total».

La progressive destruction des structures institutionnelles d’encadrement social et spirituel associé au développement de la société de consommation de masse va donner lieu à l’émergence d’un individu soucieux d’«être absolument lui-même» sans aucune entrave. Nous sommes en présence d’un individu déconnecté à la fois symboliquement et cognitivement du point de vue de tout. Mais il faut observer deux visages de l’individualisme contemporain : d’un côté, on a des individus qui vivent dans l’excès permanent et de l’autre des individus exclus, qui doivent faire face à la disparition de leur capacité d’individuation. Conscients de ces problèmes, nous pouvons nous demander quel sens y a-t-il à être un individu dans une telle société contemporaine ? Est-il vraiment possible de se constituer en tant qu’individu sans aucune appartenance communautaire ? L’individu contemporain est-il si indépendant et autosuffisant qu’il le prétend ?

II – Individu et communauté : un rapport instrumental

Dans cette deuxième partie, nous aimerions nous demander si l’individu et la communauté procèdent-ils réellement de deux logiques contradictoires. L’individu peut-il exister indépendamment de toute communauté ? Comment expliquer que notre époque contemporaine soit à la fois décrite comme celle d’un hyperindividualisme et caractérisée par la remontée des communautés ? Nous aimerions montrer qu’il faut peut-être concevoir le processus d’individualisation contemporaine moins comme le détachement total de toute appartenance communautaire que par des moyens d’appartenance communautaire d’une nouvelle nature.

A – L’individu néo-tribal

D’après ce que nous avons vu en première partie, le tournant de la modernité, et plus encore celui de la contemporanéité, aurait été celui de l’abandon du holisme au profit d’un pur individualisme. Or le sociologue Michel Maffesoli, dans son ouvrage Le temps des tribus, conteste cette lecture. Selon lui, la contemporanéité est l’époque d’une redéfinition des relations entre l’individu et la communauté. Nous serions en présence d’un néo-holisme différent du holisme des Anciens en ceci qu’il serait en même temps un individualisme. Si la communauté dans sa conception ancienne niait l’existence d’individus en ceci que la communauté s’imposait à eux de telle sorte qu’ils ne puissent y échapper, dans sa conception contemporaine la communauté est un moyen pour l’individu de se faire individu. Ceci signifie que paradoxalement, l’individu va se singulariser et affirmer son identité distinctive en s’affinant et s’affiliant avec telle ou telle communauté. Ainsi, nous sommes bel-et-bien en présence d’un holisme dans la mesure où l’on considère que c’est l’appartenance communautaire qui définit l’individu tout en étant aussi un individualisme dans la mesure où c’est l’individu qui a la capacité de choisir ses communautés d’appartenance.

Nous devons remarquer que nous sommes néanmoins passés de la question du rapport entre individu et communauté, au singulier, à celle du rapport entre individu et communautés, au pluriel. Ceci s’explique en raison que nous ne parlons pas des mêmes communautés : la communauté des Anciens par excellence qui permettait à l’homme de se réaliser était celle de la cité, c’est-à-dire la communauté politique, tandis que les communautés auxquelles s’identifient l’individu sont simplement des communautés sociales. La relation d’affiliation aux communautés semble d’ailleurs moins s’opérer sur un mode rationnel que sur un mode sentimental.

B – Les communautés, ces grands individus

Que représentent ces communautés pour l’individu ? La tension ancienne et moderne qui se jouait autrefois entre l’individu et la communauté était celle entre la partie et le tout, entre le particulier et l’universel, entre l’intérêt privé et le bien public. De cette tension résultait un rapport antagonique entre individu et communauté. Si le rapport entre l’individu et les communautés semble moins antagonique et davantage instrumental, c’est peut-être parce que la nature des communautés se rapproche davantage de celle des individus que celle de la communauté. Les communautés seraient simplement des grands individus, représentantes d’intérêts particuliers respectifs. Et la pluralité et diversité de celles-ci dans l’espace contemporain est peut-être à la mesure de la pluralité et de la diversité des individus.

Le fait que les individus contemporains ne construisent pas leurs identités respectives dans l’isolement solitaire mais au moyen de ces communautés ne traduit malheureusement pas une ouverture à l’autre mais une autre forme de repli sur soi puisque les individus cherchent seulement à s’assembler avec des individus qui partagent les mêmes particularités qu’eux-mêmes. L’individu qui choisit de faire partie de telle ou telle communauté ne s’élève donc pas à un niveau supérieur à lui-même, il fait ce choix pour servir ses propres intérêts. Est-il donc impossible de penser l’existence d’une véritable communauté à l’âge contemporain ?

III – Individu et communauté : un rapport constitutif

Dans cette troisième et dernière partie, nous aimerions montrer qu’individu et communauté n’entretiennent ni un rapport antagonique ni instrumental mais au contraire un véritable rapport constitutif et qu’il ne s’agit donc pas de choisir entre individu ou communauté mais au contraire de bien les tenir ensemble.

A –  Un «individualisme holiste»

Tout d’abord, nous aimerions, à la lumière du philosophe contemporain Philip Pettit, connu notamment comme le penseur politique du néo-républicanisme, défendre une position qualifiée sans paradoxe d’«individualisme holiste». Dans l’introduction du recueil intitulé Penser en société, Philip Pettit explique que deux questions distinctes de métaphysique sociale ont été systématiquement confondues, de sorte qu’on pose sur le même plan la question «individualisme ou holisme» alors que ces deux catégories appartiennent à deux débats distincts.

Le premier débat oppose l’individualisme au collectivisme tandis que le second oppose le holisme à l’atomisme. Le premier débat s’interroge sur les causes de l’action humaine. Philip Pettit ne nie pas l’existence des régularités sociales mais pense que leur existence ne suffit à faire des régularités intentionnelles de pures illusions. Pour le dire plus simplement, les influences sociales n’empêchent pas que l’individu reste en dernier lieu le maître de ses actions. Le second débat pose une question de l’ordre de l’ontologie sociale : l’homme est-il fondamentalement un être isolé ou bien un être communautaire ? Pour répondre à cette question, Philip Pettit va considérer la pensée comme la faculté par excellence de l’homme et va se demander si cette faculté peut être réalisée par un être isolé ou par un être communautaire. La réponse va consister à dire que les individus n’ont la capacité de penser que dans la mesure où il existe un langage commun partagé avec d’autres individus et permettant de fournir des significations nécessaires à la pensée. Sur le plan de l’ontologie sociale, Philip Pettit est donc holiste.

B – Les conséquences politiques

À partir de là, nous nous pouvons nous interroger sur les conséquences politiques de ces positions appartenant au domaine de la métaphysique sociale. Dans la mesure où aucun individu n’existe séparément des autres individus, les valeurs politiques n’ont pas à se fonder sur un individu qui serait isolé comme le fait la philosophie politique libérale. Prenons le cas de la valeur politique de la liberté. Le concept de liberté introduit par Philip Pettit dans son grand ouvrage intitulé Républicanisme est celui de liberté comme non-domination qu’il distingue de la liberté comme non-interférence. À la différence des libéraux qui vont considérer la communauté que représente l’État, et plus largement toute communauté, comme un obstacle à la liberté individuelle puisqu’elle est une interférence, les républicains vont considérer que l’État est celui qui crée la liberté en ceci qu’il permet d’assurer les conditions de la non-domination. Ainsi la communauté, loin d’exercer une contrainte sur l’individu, est l’entité qui garantie le statut d’individu à tout homme. Nous pouvons alors dire que c’est la communauté politique qui constitue l’individu.

Arrivés à cette position, on pourrait être tentés d’y voir une ressemblance avec l’aristotélisme politique avancé au début de notre réflexion, mais il n’en est rien car rappelons-le il n’y avait pas de place pour une quelconque autonomie des citoyens qui avaient pour objectif de se conformer à l’ordre naturel. Désormais, aucun ordre n’est pré-fixé et mentionnons qu’à partir de la redéfinition de l’individu comme être communautaire, la démocratie va aussi se voir reconceptualisée. Philip Pettit va substituer la théorie du co-raisonnement à la théorie de la décision. Les individus ne vont pas exprimer leurs préférences pré-constituées dans une décision précédant tout débat, mais vont s’atteler à co-raisonner ensemble sur le bien commun, c’est-à-dire échanger ensemble des raisons à ce qui mérite d’être ou non défendu. Le bien commun n’est donc pas donné par quelconque transcendance mais pensé dans un débat public constitué d’individus qui réalisent leur humanité en participant à ce débat.

Conclusion

Pour conclure notre réflexion, nous pouvons donc répondre qu’individu et communauté entretiennent donc un rapport constitutif en ce sens que l’être humain est fondamentalement un être communautaire. Il n’existerait pas d’individus s’il n’y avait pas de communauté et réciproquement la communauté ne serait rien s’il n’y avait pas d’individus pour penser dynamiquement sa ligne de direction.

Bibliographie :

  • Aristote, Les politiques, trad. Pellegrin, P., Paris, Flammarion, 2008
  • Constant, B., De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, discours prononcé en 1819 à Paris, disponible en ligne : <http://www.panarchy.org/constant/liberte.1819.html>
  • Durkheim, É., Communauté et société selon Tonnïes, disponible en ligne : <http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/textes_1/textes_1_13/communaute_societe_tonnies.pdf>
  • Donegani, J.-M. et Sadoun, M., Qu’est-ce que la politique ?, chap. I, Paris, Gallimard, 2007
  • Gauchet, M., Les sources et métamorphoses contemporaines de l’individualisme, disponible en ligne : <http://gauchet.blogspot.com/2008/03/les-sources-et-les-mtamorphoses.html>
  • Hidalgo, P., Individu et communauté : un antagonisme insurmontable ?, disponible en ligne : <http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/file/individu_et_communaute.pdf>
  • Kant, E., Histoire d’une idée universelle au point de vue cosmopolitique, Quatrième proposition, trad. Muglioni, J.-M., Paris, Bordas, 1998
  • Lipovetsky, G., L’ère du vide, Paris, Gallimard, 1989
  • Maffesoli, M., Le temps des tribus, Paris, Meridiens Klincksieck, 1988
  • Pettit, P., Penser en société, Introduction et chap. 4, trad. Guillarme, B. et alii, Paris, PUF, 2004
  • Pettit, P., Républicanisme, trad. Spitz, J.-F. et Savidan, P., Paris, Gallimard, 2004
  • Renaut, A., L’individu. Réflexions sur la philosophie du sujet, Paris, Hatier, 1995
  • Tocqueville, A., De la démocratie en Amérique, tome II, Paris, Flammarion, 2008
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8 réflexions sur “Individu et communauté.

  1. Un excellent texte. C’est très bien. J’aurais sans doute quelques points de débat, mais ce ne serait que pour montrer que je partage l’essentiel de la position que vous présentez ici.

    • C’est un texte que j’avais présenté à l’oral le semestre dernier dans le cadre d’un cours de philosophie générale. Je n’ai pas corrigé le texte mais il y aurait sans doute une amélioration à apporter que mon professeur m’avait suggérée : creuser un peu plus l’ontologie de ce qu’est un individu, et le distinguer du sujet. Et effectivement c’est une distinction pertinente puisque le sujet se rapporterait au premier individualisme moderne, caractérisé par l’autonomie, tandis que l’individu se rapporterait à l’hyperindividualisme contemporain, caractérisé par l’indépendance. Cette distinction est d’ailleurs bien expliquée dans le petit livre de Renaut que j’ai cité dans la bibliographie, je ne sais plus pourquoi j’avais oublié d’y consacrer un passage dans mon développement.

  2. Qu’en est-il des enfants sauvages? les définit-on comme individus, comme sujets?
    (le sujet semble s’être un peu effacé de notre littérature à l’heure actuelle, mais il serait intéressant de situer le moment fort de l’intérêt pour les enfants sauvages dans l’histoire et de se demander quel questionnement philosophique a suscité cet intérêt).

    « Le fait que les individus contemporains ne construisent pas leurs identités respectives dans l’isolement solitaire mais au moyen de ces communautés ne traduit malheureusement pas une ouverture à l’autre mais une autre forme de repli sur soi puisque les individus cherchent seulement à s’assembler avec des individus qui partagent les mêmes particularités qu’eux-mêmes. »

    Cette affirmation me paraît contestable. Certes, les communautés de pratique et d’intérêts se rassemblent sur la base d’un trait commun, mais il s’agit, pour chaque communauté, de traits uniques ou en nombre réduit, et la communauté peut s’avérer très diversifiée sur l’ensemble des traits non-concernés. Si je fréquente une communauté sur la base d’un loisir (allez, complètement au hasard, mettons que je sois danseur), j’aurai en commun avec tous les autres la danse, mais ce sera l’occasion par ailleurs de rencontrer bien des gens que je n’aurais pas fréquenté en d’autres circonstances.

    Concernant un sujet bien moins philosophique, puis-je faire remarquer que les titres jaunes sur fond blanc ne sont pas d’une lisibilité optimale?

    • Oui, intéressant le sujet des enfants sauvages. Depuis le début de mes études de philosophie, je n’ai encore pas eu l’occasion de me pencher sur ce sujet. L’enfant sauvage me semble s’apparenter à l’individu du fait son isolement des autres hommes. Mais dans ces conditions, est-il vraiment homme ? S’il l’est évidemment en puissance, j’ai tendance à penser qu’on ne peut réaliser, actualiser son humanité que dans un cadre intersubjectif en relation avec d’autres hommes. Ce ne sont que des intuitions, il faudrait creuser le sujet en faisant des recherches, la seule fois où j’ai croisé ce sujet, c’était lorsque l’on m’a montré le film de Truffaut, dont j’ai peu de souvenirs d’ailleurs.

      Ensuite, je comprends ton objection sur les communautés, c’est peut-être moi qui suis pessimiste mais je ne sais pas si les gens dans des communautés d’intérêt commun se saisissent réellement de l’occasion pour découvrir les particularités de chacun au-delà de leur point commun puisque leur « motif » premier de réunion est de trouver des « mêmes » et non des « autres ». Comment combiner ces deux aspirations ? Pour ceux qui s’en saisissent, tant mieux. Comment étendre cet état d’esprit ?

      Enfin, remarque écoutée, je vais changer de couleur les titres.

      Bonne journée.

  3. article intéressant qui rejoint en partie mes réflexions sur le sujet.
    Et une de mes approches rejoint la dernière phrase avant la conclusion.

    Sauf que j’aborde et résous le problème de façon différente.
    Pour moi le problème individu – communauté interpelle deux oppositions, la transcendance et l’immanence d’une part et l’universel et le particulier d’autre part.

    La société ancienne étant définie comme transcendante et particulière, car reposant sur des pouvoirs particuliers, appliquant des lois particulières à des groupes particuliers.

    La modernisation, peut se lire comme à la fois vers une société qui devient à la fois immanente et à la fois plus universelle. Les principes guidant la société moderne dans ses concepts reposent sur des principes universels, et applique ses de lois de façon plus universelle que la société ancienne.

    Dans l’individualisme moderne, il est prit en compte un individu universel, c’est à dire l’ensemble des individus, ayant les mêmes libertés, les mêmes droits, les mêmes devoirs. Avec l’individu universel, la liberté des uns n’existe que dans la liberté des autres. Avec l’individu universel, l’intérêt général, c’est l’intérêt de tous les individus.
    On retombe donc dans le concept de liberté = absence de domination.
    Avec le concept d’individu universel, la liberté individuelle est respectée, mais le lien social est conservé, l’empathie favorisée. Penser l’individu universel, ce n’est pas penser qu’à soit mais aussi aux conséquences de nos actes sur les autres
    Ce concept rejette à la fois la communauté prison des anciennes sociétés, et l’individu atomisé, égoïste.

    Si le libéralisme a favorisé l’individu universel dans le domaine politique et sociétal, il n’en est pas de même avec le libéralisme économique. Puisque ce dernier est toujours pensé selon l’intérêt particulier du patron, entrepreneur, investisseur. Avec le libéralisme économique, la protection des intérêts principaux des autres individus, vie, santé, bien être etc… devient une oppression. la liberté est déconnectée des conséquences sur les autres. La liberté devient l’indépendance. Les rapports de dominations sont ignorés voire niés.
    Nous sommes en face d’une pensée qui pense un individu particulier, atome isolé, coupé des autres individus, et une société dominée par les intérêts privés, où les gens ne sont plus capable de penser l’intérêt généra uniquement que comme oppression de la communauté sur l’individu.

    Le problème c’est que cet individualisme forcené, créé du rejet de la part de nombreuses personnes, donc rejettent la faute sur l’individu mais pas sur le particularisme qui se cache derrière.
    Il faudrait remettre en marche une société de l’individu universel, qui reprenne de l’indépendance par rapport à la société de consommation.

    Mais cela revient à revenir à des valeurs socialistes ou anarchistes, ce que les défenseurs des intérêts privés économiques qui régissent le monde ne peuvent accepter.
    Cette conception de l’individu particulier s’est développé dans la société en même temps que la culture rejetait des valeurs de gauche ( solidarité, services publics, règlementations sociales etc… ) et mettait en avant la défense de l’intérêt particulier ces 30 dernières années, comme avec la révolution néo-conservatrice qui arrive à bout de souffle actuellement.

  4. Je suis sceptique face à cette notion d’individu universel, qui me paraît impliquer la négation des intérêts idiosyncrasiques d’individus particuliers. S’il est assez facile de faire admettre le trio « mêmes libertés, mêmes droits, mêmes devoirs », la prise en compte des « intérêts » ne peut être faite sans recourir à au moins une quatrième notion, les besoins. Or, ce dernier terme cadre mal avec l’universalité.

  5. On ne peut pas à la fois reconnaître l’existence d’un individu autonome, libre, et se lamenter sur les revendications de cet individu.
    Cela ne s’est pas fait en un jour, ce n’est pas fini : autrefois, on devait tout à Dieu ; le bien que l’on faisait, l’amour que l’on donnait, tout venait de Dieu. Aucune raison de s’attribuer quelque mérite que ce soit.
    Encore aujourd’hui, il n’est pas convenable de s’attribuer personnellement tout le mérite d’une quelconque réussite ou qualité. On doit rendre hommage à de nombreux acteurs, institutions.
    Mais cela progresse, et cela progresse d’autant plus que la crédibilité des autorités et traditions s’effondre.

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