L’amour.

«Pourquoi l’amour est-il d’une richesse sans commune mesure avec d’autres possibilités accordées à l’être humain, et un suave fardeau à ceux qu’il atteint, sinon parce que nous nous métamorphoses en ce que nous aimons tout en demeurant nous-mêmes ? Envers ce que nous aimons, nous éprouvons alors de la gratitude, et ne trouvons rien qui y satisfasse.

Remercier, cela ne se peut qu’en se faisant soi-même remerciement. Il appartient à l’amour de métamorphoser la gratitude en loyauté envers soi-même comme en foi inconditionnelle en l’autre. Ainsi l’amour ne cesse-t-il d’amplifier son propre secret.

La proximité consiste, en l’occurrence, à être dans l’extrême distance par rapport à l’autre, distance qui ne laisse rien devenir flou, mais au contraire permet à un « toi » de se situer au sein de ce qu’a de diaphane mais aussi d’inconcevable, en une telle manifestation, le fait tout bonnement qu’elle ait eu lieu. Que la présence de l’autre fasse soudain irruption en notre vie, il n’est pas en notre pouvoir ni en nos ressources d’endiguer le flux. Une destinée humaine s’offre à une humaine destinée, et se mettre au service du pur amour, c’est alors garder ce don de soi aussi vivace qu’au premier jour.»

Martin Heidegger à Hannah Arendt, Lettres et autres documents 1925-1975, trad. Pascal David, Paris, Gallimard, 2001, p. 17

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