“Bienvenue à la joie, bienvenue au chagrin”


«Bienvenue à la joie, bienvenue au chagrin,
À l’herbe du Léthé, à la plume d’Hermès ;
Bienvenue aujourd’hui et bienvenue demain,
Je vous aime tous deux d’une égale tendresse !
J’aime voir des visages tristes par temps clair,
Et entendre un éclat de rire joyeux au milieu du tonnerre.
J’aime ensemble le beau et l’infâme,
La douceur des prairies sous lesquelles couvent des flammes,
Un gloussement de rire devant une merveille ;
Mais un visage sage à la vue d’une farce ;
Le glas des funérailles et le carillon qui rit au clocher,
L’enfant qui joue avec un crâne,
Le matin clair et les coques des nefs par l’ouragan brisées,
La belladone au chèvrefeuille unie dans dans un baiser,
Les serpents dans des roses rouges sifflant ;
Cléopâtre en robe de reine
Les aspics pendus à son sein,
La musique dansante et la musique triste,
Ensemble réunies, raison avec folie ;
Muses radieuses et Muses blêmes,
Ôtez de vos visages le voile !
Laissez-moi voir ! et laissez-moi écrire
Du jour et de la nuit
Ensemble réunis. Laissez-moi étancher
Toute ma soif d’un mal de cœur exquis !
Qu’un if me soit un ciel de lit,
Entrelacé de jeunes myrtes,
De pins et de tilleuls en pleine floraison,
Et que ma couche soit une humble tombe d’herbes.»

John Keats, Seul dans la splendeur, trad. R. Davreu, Paris, Seuil, 2009, pp. 77-78

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