Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme

  • Nature du devoir : questions de compréhension générale d’un livre
  • Cours : Terminale ES, philosophie
  • Note : 19/20

■ donnez une définition générale de la technique. Pourquoi Sartre parle-t-il de la technique ? Qu’est-ce que la vision technique du monde ?

La technique, c’est l’équivalent d’une méthode pour arriver à une fin, c’est une manière de faire. C’est un ensemble de procédés employés pour obtenir un résultat déterminé. Elle concerne les objets, les mécanismes nécessaires à une action.

Sartre parle de la technique pour introduire la distinction entre essence et existence. L’essence est la nature de quelque chose, ce qui la définit, c’est être par définition. L’existence est le fait d’exister, c’est être dans la réalité.

La vision technique du monde se caractérise par le fait que l’essence précède l’existence. Pour Sartre, cette vision technique du monde s’applique aux objets, il nous le montre avec l’exemple d’un coupe-papier qui a été conçu, doit respecter un certain nombre de caractéristiques qui sont propres à sa nature, ce qui définit un coupe-papier pour exister ; en ce sens, le coupe-papier est déterminé à être ce qu’il est. Appliquée à l’homme, la vision technique du monde pose l’existence d’une “nature humaine” qui détermine l’homme à être d’une certaine manière, d’avoir telles valeurs, tels comportements… de suivre un “modèle de l’homme”. Il y aurait un Dieu créateur qui fabrique l’homme comme l’artisan fabrique un objet. C’est à cette position que s’oppose Sartre. L’existentialisme s’oppose au déterminisme. Pour lui, contrairement aux objets, chez l’homme, “l’existence précède l’essence”. L’homme n’a pas de modèle, de références pour construire son existence. L’homme n’a pas de “mode d’emploi” pour devenir homme. L’homme n’a pas de nature en fonction de laquelle il va exister. L’homme n’est pas “pré-définit”, par-delà l’homme n’est pas déterminé à être ce qu’il est. C’est à partir de son existence qu’il peut se définir. L’homme est libre d’être ce qu’il est.

■ dans le cours sur le droit et la justice nous avons traité du droit naturel moderne et de la nature humaine : pourquoi Sartre critique-t-il l’idée de nature humaine ? Faut-il en déduire que l’existentialisme rend impossible les droits de l’homme ?

Sartre critique l’idée de nature humaine car elle va à l’encontre de son idée de liberté qui se base sur l’analyse que l’existence précède l’essence. L’idée de nature humaine pose l’idée que l’homme naît bon ou mauvais, ce qui va à l’encontre de la conception existentialiste de l’homme qui considère qu’il “n’est d’abord rien” et c’est cela qui permet à l’homme de se construire par lui-même. Reconnaître l’existence d’une nature humaine ce serait reconnaître le fait que l’homme soit déterminé à être ce qu’il est et donc qu’il ne soit pas libre d’être ce qu’il est. S’il y avait une nature humaine, cela voudrait dire qu’il y ait un Dieu créateur, ce que Sartre réfute.

Mais si Sartre ne considère pas l’existence d’une nature humaine universelle, il parle en revanche d’une condition humaine universelle. En ce sens, l’existentialisme ne rend pas impossible les droits de l’homme. “il y a une universalité de l’homme ; mais elle n’est pas donnée, elle est perpétuellement construite” (p. 61) : on comprend à partir de là que les droits de l’homme seront renouvelés, acceptés ou rejetés à mesure de ce que les hommes voudront.

■ quelle est la place de Dieu, et donc de la religion, dans la vision existentialiste du monde ? pourquoi ?

Dans la vision existentialiste du monde de Sartre qui est athée, il n’y a pas de place laissée à la religion, Dieu n’existe pas.

C’est ce présupposé qui sert de fondement à la conception de l’homme telle que son existence précède son essence. Puisqu’il n’y a pas de Dieu, on ne peut pas parler de “concept d’homme”, l’homme se retrouve face à lui-même, c’est à lui de s’auto-définir. S’il n’y a pas de religion, c’est qu’il n’y a pas de valeurs morales transcendantales présentées comme légitimes, c’est pourquoi c’est à l’homme de se forger une morale : de faire ses propres choix en fonction de son libre-arbitre, il doit ainsi assumer pleinement la responsabilité de ses choix. Ceci d’autant plus qu’il fait des choix tenant compte de l’universalité de son projet : en effet, en faisant ce choix et pas un autre, l’homme donne une valeur par le fait qu’il ait fait ce choix et donc en se choisissant, l’homme choisit tous les hommes. L’acte individuel engage toute l’humanité.

Plus exactement, on peut dire que Dieu n’a pas d’importance, car à la fin de la conférence, Sartre dit que même si Dieu existait, cela n’aurait pas d’influence sur l’homme.

■ définissez la liberté à partir de la lecture de cette ouvrage. Que pensez-vous de la théorie sartrienne de la liberté ?

À partir de la lecture de cet ouvrage, nous avons vu la liberté comme liberté du vouloir. La liberté sartrienne peut se définir comme une capacité à faire des choix par son libre-arbitre à travers des circonstances, des situations concrètes et par-delà choisir qui je suis : c’est une puissance subjective d’autodétermination. En effet, la liberté sartrienne est existentialiste et l’existentialisme prend pour point de départ la subjectivité individuelle : le cogito cartésien. C’est le fait que l’homme soit doué de conscience qui le condamne à être libre. “L’homme est liberté”. On peut dire de la liberté sartrienne qu’elle est une liberté absolue car Sartre réfute totalement le concept du déterminisme : le déterminisme ne peut être qu’une invention de l’homme de mauvaise foi qui n’assumerait pas sa responsabilité : l’homme lâche. La liberté absolue signifie que l’homme, le sujet est maître de lui-même. La liberté sartrienne implique donc une responsabilité absolue. En ce sens, il faut voir que liberté absolue n’est pas synonyme de liberté arbitraire, Sartre récuse la critique qui consiste à associer sa doctrine à l’apologie du choix gratuit car chaque individu doit fonder ses choix tenant compte de la situation qui s’impose à lui, de l’universalité de son projet et de l’authenticité de son projet. L’homme exerce sa liberté face à différents choix chacun contingents.

Néanmoins la théorie sartrienne de la liberté comporte ses limites. Je ne pense pas qu’il faille nier l’existence de déterminismes : des enquêtes sociologiques nous offrent une réalité empirique de déterminismes. De surcroît, admettre qu’il y a des déterminismes n’implique pas que l’on rejette la liberté de l’homme. Au contraire, c’est la connaissance et la compréhension de ce qui nous détermine qui nous rendra libre. D’autre part, renier l’existence de déterminismes signifie que l’on ne prend pas en compte une réalité, celle que l’homme est un être incarné dans un corps, qui est lui-même déterminé par des causes physiques. Il faut aussi prendre en compte la réalité des déterminismes psychiques mis en lumière par l’hypothèse de l’inconscient de Freud. Enfin, je crois aussi que dans le contexte économique et social actuel, il est difficile d’affirmer une liberté absolue, l’homme est face à des pressions économiques : par exemple, on pourrait dire qu’on est libre de travailler ou de ne pas travailler mais il faut voir à quel prix ? choisir de ne pas travailler et ne plus pouvoir subvenir à ses besoins ? La liberté est donc relative et comporte différents degrés. En somme, je ne crois pas que l’homme soit entièrement responsable de ce qu’il est, mais il ne faut pas non aller dans la direction inverse qui le dédouanerait de toute responsabilité de ses actes : c’est à lui de savoir se libérer de ses déterminismes et devenir responsable de lui-même même si c’est parfois compliqué.

■ faites une brève explication (thème, thèse, arguments, définitions) du début : pages 21 et 22.

Au début de la conférence, Sartre présente les diverses critiques qui sont reprochées à sa philosophie existentialiste :

  • elle plonge les gens dans un “quiétisme du désespoir” : ce qui signifie qu’elle pousse les gens à ne plus espérer, c’est-à-dire ne plus désirer quelque chose dont la probabilité ne dépend pas de nous, donc ne plus compter sur autrui. Et comme, il y a toujours des éléments probables qui entrent en compte, cela conduirait à ne plus agir et donc ainsi entrer dans une “philosophie contemplative”, c’est-à-dire une philosophie où l’être est passif, il médite simplement, il n’est plus actif et donc plus acteur de sa vie, de la vie, de l’histoire. C’est une philosophie bourgeoise car elle enferme l’individu sur lui-même qui n’a plus de conscience du collectif.
  • elle souligne “l’ignominie humaine” car elle met en lumière la lâcheté et la mauvaise foi de l’homme. Ceci sous-entend que l’existentialisme est un pessimisme puisqu’il met en avant l’absurdité de la vie si l’homme ne chercher pas à lui donner un sens. De plus, l’existentialisme met l’homme constamment devant l’angoisse.
  • elle néglige la beauté.
  • elle isole l’individu et a “manqué à la solidarité humaine” car c’est une philosophie du sujet (car elle se base sur la subjectivité pure) et ainsi anéantirait toute possibilité d’œuvre collective.
  • elle “nie la réalité” qui est formée par un ensemble de valeurs auxquelles l’homme devrait se référer sinon il tombe dans la gratuité de l’acte, c’est-à-dire l’acte sans raison qui laisserait place au fait que la liberté est alors capable du meilleur comme du pire.
  • elle supprime Dieu et toutes valeurs éternelles inscrites.
Publicités

12 réflexions sur “Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme

  1. Bonjour!
    D’abord un grand merci pour ton blog qui est génial!!
    ENsuite, j’ai une question à te poser concernant une dissertation à rendre très bientôt!: » le développement technique augmente-t-il notre liberté? »
    mais je bloque concernant une partie où je voudrais montrer que ce n’est pas le prégrès technique qui augmente ma liberté…: comment l’esprit est- il l’unique condition de ma liberté intérieure( libre arbitre)?aurais-tu quelques idées ?
    Merci !!!

  2. Juste pour dire que je suis sur le cul! Je cherchais des précisions sur l’idée de responsabilité chez JP Sartre, je tombe sur ce blog super…par le contenu et la forme. Mon regard est attiré par l’encart facebook et ..Je m’aperçois que tu pourrais etre ma fille!
    Bravo, je suis un nabot en terme de penser, mais j’apprends.

  3. Penser va plus loin que le monde de la pensée, peut déboucher sur la pensée du monde. Les termes sont flexibles et il faut les définir en fonction des fins choisies. Ex-professeur de philosophie au Québec, j’ai produit ma maîtrise sur Sartre : « La mesure de l’impossible -étude sur la notion de liberté dans l’œuvre philosophique et autobiographique de J.-P. Sartre ». J’ai étudié un an à Paris, en début de cursus universitaire, comme ça, pour voir…
    En 1976 (cela te dit un peu mon âge) et j’ai eu pour professeur Badiou, Deleuze, oui, à Vincennes, avant le déménagement à Marne-la-Vallée. Merveilleux souvenirs. J’étais, croyais-je, maoïste, en ce tenps-là, et je ne comprenais pas Deleuze ni la phénoménologie : j’étais bêtement, passionnément marxiste, un peu rebuté par l’épisode althussérien. J’ai beaucoup aimé, aussi Samy Naïr, George Lapassade, quelques autres, Jean-Marie Vincent. Quand je suis revenu au Québec, nous avons manqué notre révolution, l’enseignement était pour moi la deuxième tentative de peser sur le réel. J’en suis encore à la troisième, l’écriture? Mais avec moins d’ambition… simplement pour vivre mieux. Dans ce mot composite, philo-sophia, il faut se pencher plus volontiers sur le premier substantif : Amour. Sophia y trouvera toujours son compte!
    Je suis tombé sur ton blog par hasard et je suis intéressé par ton évolution. Je tiens ici à t’encourager, presque personnellement, à découvrir tes chemins de penser. Tu es passionnée, c’est le début ! Acceptes, s’il te plaît, mes meilleurs vœux pour la suite.

    Jacques Perreault

    • Cher Jacques,

      Merci pour ce témoignage personnel, c’est toujours intéressant de se pencher sur les parcours des uns et des autres. Que ce blog puisse me servir d’endroit où l’on pourra au fil des années retracer mon chemin.

      J’ai commencé par le militantisme politique en 2006 (voir mon article sur l’évolution de celui-ci : https://ameliepinset.wordpress.com/2010/09/06/variations-autour-de-mon-engagement-politique-tourmente/). J’ai traversé une dure et longue, mais « belle » crise de dépression de fin 2007 à mi 2010, l’écriture personnel a été parfois un bon exécutoire. Aujourd’hui, depuis peu installée à Paris pour ma L3 de philosophie (après une L1 à Nice, et une L2 à Grenoble), je savoure avec délice les fruits de la vie intellectuelle à la fois pour moi mais surtout parce qu’en participant à celle-ci, je me sens apporter ma contribution à la culture, à l’humanité. C’est peut-être naïf mais pour l’instant, j’y crois, passionnément.

      Bien à vous,

      Amélie.

  4. Chère Amélie,

    Tu es formidable ! Je crois en toi. Tu aimes le travail. Naïf ou pas, ce programme te permettra de traverser la vie contre vents et marrée. Tu pourras toujours croire, au moins, aux produits de ton travail !

    Ce monde est difficile, de plus en plus corrompu. Va-t-on atteindre, bientôt,. un maximum en cet aspect intolérable, déjà, alors que des défis majeurs confrontent l’humanité dans son ensemble, l’obligeant à prendre plus globalement conscience de son être ?

    L’espoir se réfugie au fond du cœur de gens comme toi qui continuent de faire l’effort de penser, et aussi, si possible, d’éclairer les autres. C’est bien, continue, ne cache pas ta lumière.

    Jacques,
    ton ami Québécois.

  5. Bonjour tout le monde !
    Et bonne fête !
    Voila il faudrais que je puisse arriver a expliquer le titre de L’Existentialisme est un humanisme.
    J’ai lu le llivre en entier qui ma beaucoup intrigué mais en creusant je trouve deux définitions de Humanisme et Existentialisme completement opposer ….
    Pourriez vous m’aider ?
    Joyeux noel 🙂

    • Bonjour Diana,
      peux-tu partager tes deux définitions que tu dis complètement opposées pour qu’on puisse un peu mieux t’aider et voir lesquelles conviennent ou non ?
      Joyeuses fêtes de fin d’année à toi également.

  6. salut je découvre à peine votre blog. Et je trouve formidable le travail qui y est abattu et très encourageant le soutien que vous apportez à ces jeunes esprits qui s’éveillent à la pensée philosophique.Aussi je redige un séminaire sur la conception de l’homme selon Sartre, pourrieeez vious m’aider?Merci d’avance!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s