Doit-on apprendre à devenir soi-même ?

  • Nature du devoir : dissertation de bac blanc en 4h
  • Cours : Terminale ES, Philosophie
  • Note : 18/20

L’homme est un animal métaphysique. À un moment ou à un autre de notre vie, nous nous posons tous des questions existentielles, nous traversons des crises identitaires. On croyait se connaître et on se rend compte qu’en réalité, on a d’une part du mal à connaître qui nous sommes et d’autre part à savoir si nous sommes nous-même. De plus, dans ces moments d’interrogation sur soi, on a tendance à se replier sur soi et nous pouvons ressentir un sentiment de marginalisation. On se demande si nous pouvons être nous-même. Ne serait-il pas plus facile d’«être comme tout le monde» ? Mais cela voudrait dire que nous ne prenons pas part de notre responsabilité. Ainsi être soi-même en tant qu’être sincère qui assume son identité apparaît comme un devoir : c’est à nous-même de nous poser des obligations morales. Mais comme on ne se reconnaît pas toujours dans ce que nous sommes, il faudra donc se demander par quel processus parvenons-nous à devenir nous-même.

Nous verrons dans un premier temps qu’a priori nous sommes nous-même mais dans un deuxième temps nous verrons que sans un travail sur soi-même, nous sommes déterminés par des causes qui nous échappent et donc dans un dernier temps, nous verrons à quelles conditions il est possible de devenir soi-même.

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Dans cette première partie, nous verrons qu’il ne semble pas nécessaire d’apprendre à devenir soi-même puisque nous le sommes déjà.

Tout d’abord, on peut se dire que l’homme a été créé par un Dieu. Ce serait donc ce Dieu qui a décidé son identité, ce ne serait donc pas à l’homme de vouloir devenir lui-même et de toute façon, il suit un destin de sorte qu’il est condamné et est donc nécessairement lui-même en tant qu’être défini par ce Dieu.

Par ailleurs, l’homme est un être rationnel, c’est-à-dire qu’il est doté d’une raison, il cogite et fait l’expérience du «Cogito ergo sum» : le «Je pense donc je suis» de Descartes. Pour Descartes, l’homme est divisé en deux entités : la substance étendue (son corps) et la substance pensante (son esprit). Selon la thèse du conscientalisme, la vie psychique de l’homme se résume à sa conscience réflexive, sa capacité de représentation de lui-même. L’homme connaît donc toutes ses pensées et comme il se définit par sa pensée, il se connaît lui-même.

Nous avons donc vu qu’en théorie, on est par essence soi-même.

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Pourtant, en pratique, on se rend compte que l’on n’est pas toujours soi-même.

L’homme est en fait divisé entre le moi, le ça et le surmoi. Selon Freud, il existe dans la vie psychique de l’homme une partie consciente, le moi, et une partie inconsciente, le ça (les pulsions) et le surmoi (les normes et les valeurs que l’on nous a inculquées). Ainsi «le moi n’est pas maître dans sa propre maison» car «ça pense en moi», l’homme n’est donc pas entièrement lui-même.

D’une part, il est sujet à diverses pulsions comme par exemple les pulsions sexuelles, l’homme peut agir à l’encontre de sa raison, il peut être attiré par quelqu’un qu’il n’aime pas, il y a un dualisme entre son âme et son corps. Lorsqu’il n’y a pas corrélation entre les volontés de son âme et les pulsions de son corps, cela nous montre que l’homme a du mal à être lui-même, il devra donc apprendre à le devenir.

D’autre part, à travers le concept du surmoi, on peut penser que l’homme est déterminé par son environnement social et plus généralement par la société. En effet, selon Pierre Bourdieu, il y a reproduction sociale, ce qui veut dire que l’homme n’a pas choisi d’être qui il est et il devra connaître les caractéristiques de ses déterminismes sociaux pour apprendre à se forger son identité individuelle et par-delà devenir soi-même. De plus,  la société actuelle tend à uniformiser les individus, il est donc difficile de s’affirmer en tant qu’individu différencié d’une certaine masse. Nous subissons des contraintes établies par des normes sociales, c’est-à-dire des règles que l’on doit respecter si l’on veut être intégré à la société. En outre, on peut aussi parler de l’effet de masse traité dans Psychologie des foules écrit par Gustave Lebon : lorsqu’un individu se trouve dans une foule, il peut agir différemment que s’il n’avait pas été entouré. Dans cette situation, il n’est donc pas lui-même, il devra là aussi faire des efforts sur lui pour y parvenir.

Nous avons vu dans cette deuxième partie que l’homme n’est pas toujours lui-même, c’est pourquoi l’on comprend que cela nécessite un travail d’apprentissage. L’homme n’est pas lui-même, c’est à lui de le devenir.

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Dans ce dernier temps de la réflexion, nous allons donc voir comment se connaître soi-même et quel apprentissage cela nécessite pour le devenir.

Tout d’abord, si nous avons émis une vision négative de la société puisqu’elle nous influencerait, nous devons observer le rôle d’autrui dans la construction de notre identité et l’affirmation de soi. En effet, quand autrui nous regarde, nous prenons conscience de nous-même, c’est ce que Sartre développe dans le concept de honte dans l’Être et le Néant : grâce à autrui nous apprenons à nous connaître nous-même. Par ailleurs, la présence d’autrui entraîne une lutte pour la reconnaissance, ce que nous montre Hegel dans sa Phénoménologie de l’Esprit. Si nous cherchons à être reconnu, c’est que nous cherchons à nous affirmer pour devenir nous-même.

Ensuite, pour apprendre à devenir soi-même on peut faire appel à un psychanalyste pour réaliser une cure psychanalytique et ainsi nous aider à interpréter certaines de nos pensées ou de nos actions réalisées inconsciemment et nous réconcilier avec nous-même. En outre, l’acte d’écriture peut aussi permettre de clarifier nos pensées et par-delà, ce qui compose notre individualité. Quand Rousseau écrit son autobiographie Les confessions, il fait preuve de sincérité, il est en corrélation avec lui-même.

Nous avons vu jusqu’à présent que pour être soi-même, on doit apprendre à le devenir par différents moyens, c’est une condition mais au-delà de ça, nous devons voir pourquoi apprendre à devenir soi-même est un devoir existentiel. Chercher à devenir soi-même, c’est s’opposer à la «mauvaise foi» de l’homme qui consiste à dire que nous ne sommes pas nous-même car nous sommes déterminés et donc que nous ne sommes pas responsables de nos actes. En effet, s’opposer à l’homme qui se déresponsabilise, c’est dire non à l’irresponsabilité. Si l’homme est doté d’une conscience réflexive, c’est que cela doit lui permettre de faire des choix et de s’auto-déterminer. «L’homme est condamné à être libre» dit Sartre dans L’existentialisme est un humanisme, il est donc libre d’apprendre à devenir lui-même en assumant des choix, c’est-à-dire qu’il deviendra lui-même par ses engagements. De plus, devenir soi-même est un devoir car en se choisissant, l’homme engage toute l’humanité.

***

En conclusion, être soi-même n’est pas inné, n’est pas effectif sans efforts, on peut donc dire qu’on doit apprendre à devenir soi-même par besoin d’identité en tant qu’individu mais en tant que devoir pour s’engager pour l’humanité et ne pas se laisser couler dans la «tyrannie de la majorité».

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8 réflexions sur “Doit-on apprendre à devenir soi-même ?

  1. waouh je suis impressionnée éyant moi -même en terminale ES je ne sais pas si j’arriverais a faire un devoir comme celui- ci 🙂

  2. La première partie est trop vague. Le rapport avec Dieu ne devrait pas être abordé. De plus, vous répondez à la question : peut-on se connaître nous-même :  »il se connaît lui-même ».
    La première partie est vraiment à revoir. Trop courte et inutile.

  3. Bonjour!

    Je suis actuellement en terminale S et j’ai eu justement ce sujet ce matin comme DS de philo! J’ai lu votre dissertation, tout semble si clair et si limpide. C’est un excellent devoir, Bravo.
    J’aurai voulu savoir si le plan que j’ai fait est correct ou non, j’ai réécris les grandes idées, si vous avez la patience de me lire bien sur!

    I- A la connaissance du monde

    * Dès la naissance, nous sommes expulsés du ventre de notre mère et sommes implantés parmi ce monde qui nous est encore étranger. Il nous faut alors constamment apprendre tout au long de notre vie pour pouvoir évoluer au sein de ce monde. Il nous faut tout d’abord apprendre à marcher, apprendre à parler afin de pouvoir communiquer avec les autres qui nous entourent, apprendre à lire, apprendre à se découvrir…
    Apprendre à devenir soi-même n’est-ce pas finalement un apprentissage comme tous les autres?

    * La période de l’adolescence désigne la rupture avec le chapitre de notre enfance et elle nous amène peu à peu dans le monde des adultes. L’adolescent se trouve alors en quête de son identité, il se cherche. Son corps se transforme, ses sentiments et perceptions également. L’adolescent cherche à se fondre dans la masse et à appartenir à un groupe.

    II- A la recherche de son identité:

    * L’identité est une manière propre de se différencier des autres et du monde.
    Lorsque l’enfant dit pour la première « Je » il commence à s’exprimer à la première personne et non plus à la troisième. Il ne dit plus « Julien a faim » mais « j’ai faim ». Dès lors, il se distancie du monde et des autres, il prend conscience de son identité. Avant, il n’avait simplement le sentiment d’être lui-même, à présent il en a la pensée. Il n’est plus « dans le monde » parmi les autres, il est maintenant « devant le monde » et il doit apprendre à lui faire face afin de s’imposer parmi autrui.

    *Posséder son identité signifie également savoir faire des choix, pouvoir fonder son propre jugement, son propre point de vue.
    (Faire le choix de son avenir, chercher à se réaliser à travers son travail futur)

    * Etre soi-même signifie avoir suffisamment confiance en soi pour se battre afin d’obtenir ce que l’on désire au plus profond de nous-mêmes.

    III- Savoir affirmer son identité:

    * Affirmer son identité signifie savoir penser sans s’identifier aux autres qui nous entourent.
    Le cogito cartésien « cogito ergo sum » (Je pense, donc je suis) Descartes insiste sur l’autonomie du moi, l’homme doit arriver à devenir le seul maître de ses pensées et fondements.

    * Affirmer son identité, c’est également savoir dire « non ». Lorsque nous sommes confrontés à une violence physique (viol, inceste, agression, vol), notre conscience nous demande de réagir.

    * Affirmer son identité peut vouloir dire aussi être en accord avec son propre corps. Notre conscience n’est pas « dans » notre corps tel un pilote en son navire, mais elle forme un tout avec lui. Pour pouvoir être conscient il faut pouvoir ne former qu’un avec son corps et savoir dominer ses sentiments et perceptions.

    * Affirmer son identité, c’est avoir conscience des autres, chacun de nous possède sa propre identité, sa propre personnalité.

    * Pouvoir assumer ce que l’on dit, ne pas avoir peur de foncer pour réussir quelque chose.

    CCL: Doit-on apprendre à devenir soi-même?
    Finalement devenir soi-même peut être considéré comme un travail sur soi qu’il faut réaliser tout au long de notre vie. Etre soi-même n’est pas inné, à chaque étape de notre vie, on apprend à se découvrir et il arrive même que l’on se surprenne soi-même.
    Finalement être soi-même est l’art de toute une vie.

    Bien évidemment mon aperçu de devoir peut sembler très incomplet, j’ai juste réécrit les points les plus importants. Du moins d’après ce que je me souviens! =)
    Je ne sais pas ce que vous en pensez, j’espère que ça tiens debout quand même…

    Merci d’avance,

    Clara

    • Bonjour Clara,

      Pas besoin de me vouvoyer, la période du lycée ne m’est pas si éloignée. 😉

      J’ai lu ton plan, tes idées développées sont intéressantes et l’enchaînement des parties est cohérent.

      Simplement, une dissertation est censée mettre en lumière un problème, et j’ai l’impression que cela manque un peu dans ta dissertation. Tu soutiens la thèse selon laquelle on doit apprendre à devenir soi-même, ce qui est parfaitement ton droit, mais il me semble que tu n’as pas pris le temps de donner sa chance à la thèse adverse. Bon après, peut-être en parles-tu dans ton introduction et dans ta problématique je ne sais pas…

      D’ailleurs, dans ma dissertation cette tentative d’exposer la thèse adverse selon laquelle on n’a pas besoin d’apprendre à devenir soi-même puisqu’on est dès le départ soi-même est assez peu probante, c’est probablement la plus grosse faille de ma dissertation qu’il faudrait retravailler. D’autre part, je me souviens que mon prof m’avait reproché de ne pas avoir assez distinguer l’idée d’être soi-même de l’idée de devenir soi-même, c’est peut-être aussi le cas dans ta dissertation : par exemple, dans ta dernière phrase, il me semble que « devenir » soi-même plutôt qu’ « être » soi-même est davantage approprié car la notion du devenir implique l’idée d’un processus, processus qui, par ailleurs, est bien exprimé à travers ton expression de « l’art de toute une vie ».

      Voilà, quelques réflexions rapides qui me sont venues en lisant ton travail, j’espère que ça pourra t’aider à progresser par la suite.

      Bon courage pour cette dernière année de lycée en tout cas.

      Amélie.

  4. Chère Amélie, merci beaucoup pour ton message!

    C’est vrai qu’ en sortant de mon DS hier matin je me suis aussi dit que j’avais peut-être oublié de me poser la question inverse: S’il était nécessaire ou non de devenir soi-même?
    car dans la problématique il y avait le mot « doit-on » autrement dit, si c’est une nécessité ou pas. Mais le problème était que je ne me voyais pas développer un paragraphe sur le fait que l’on ne soit pas obligé d’être soi-même, comme toi tu l’as fait. (mais toi tu as très bien réussi à manier cette thèse!)
    Car pour moi il me paraissait évident, que pour être bien dans sa peau, il faut avant tout être soi-même.
    Alors ce que j’ai fait, c’est que dans mon intro effectivement, j’ai posé plusieurs questions suite à la problématique comme:
    « Est-ce indispensable de devenir soi-même pour accéder à notre bonheur? » pour expliquer le « doit-on » mais je n’ai pas développé cette thèse dans mon développement.

    Après, je ne me souviens plus très bien comment j’ai expliqué tout ça… Je verrai bien ma note, mon prof va surement corriger d’ici deux semaines! 😄

    Merci beaucoup en tout cas pour ces précieux commentaires,
    Bon courage à toi également pour tes études dans le monde de la philosophie! =)

    Clara

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