Dire non à l’hégémonie libérale. Défendre une conception républicaine de la liberté.

tiens, tiens le joli débat que voilà sur le libéralisme… Un vieil article écrit en novembre 2007.

lâcher de ballons

De nos jours, en France, pour simplifier, on définit la droite comme libérale et une bonne partie de la gauche se définit comme anti-libérale (peut-on considérer l’autre partie comme de gauche ?). Conséquemment, on impute à la gauche d’être contre la liberté, comme sait si bien le faire ce cher BHL (sic). Bien-évidemment, vous êtes pour la liberté donc vous ne pouvez être contre le libéralisme. Voilà le discours ambiant qui règne dans les médias.

Le libéralisme formerait-il donc l’unique manière de concevoir la liberté ? Étrange conception de la liberté de pensée.

De une, le mot libéralisme en France est associé au libéralisme économique, aux penseurs classiques comme Adam Smith. Vous savez Adam Smith et sa « main invisible ». Adam Smith, considérant que les hommes ont un penchant naturel à l’échange donc le marché est naturel, par-delà il est plus efficace si personne n’y touche : promotion de la non-intervention de l’État en vue de la maximisation du libre-échange. En ce sens, oui nous sommes anti-libéraux car contre le libéralisme économique qui croit illusoirement à l’auto-régulation. [après qui comprend le nous, c’est une autre histoire…]

De deux, la critique anti-libérale recoupe aussi plus précisément une opposition nette et tranchée au néo-libéralisme. La phrase de Jospin la résume bien : “oui à l’économie de marché, non à la société de marché”. Oui, il y a une importante distinction à faire entre libéralisme économique et néo-libéralisme, n’en déplaise aux « libéraux ». Car aujourd’hui, c’est bien une société néo-libérale qui se dessine face à nous. Si le libéralisme économique consiste dans l’optimisation du libre-échange sur le marché, le néo-libéralisme va beaucoup plus loin, il « consiste plutôt dans l’extension et la dissémination des valeurs du marché à la politique sociale et à toutes les institutions ». C’est une marchandisation de la société à laquelle nous assistons et contre laquelle nous devons nous opposer haut et fort.

Au delà de ces considérations du mot libéralisme en tant que doctrine(s) économique(s), comment peut-on définir la liberté libérale ?

On considère qu’il existe deux grandes façons de concevoir la liberté : liberté des modernes contre liberté des anciens soit une conception « négative » contre une conception « positive » pour reprendre les termes d’Isaiah Berlin.

La conception « négative » se rattache à l’idéal libéral. Elle se définit par rapport à l’absence d’interférences : je suis libre « dans la mesure où personne ne vient gêner mon action ». La liberté se limite à notre soumission à notre seule volonté privée.

La conception « positive » se rattache à l’idéal plutôt communautarien dans la mesure où elle réduit (à l’inverse) la liberté comme partage d’une volonté publique démocratiquement déterminée par la communauté. Je suis libre dans la mesure où j’atteins cette « maîtrise de soi qui suggère l’idée d’un homme qui entre en lutte contre lui-même ».

Dans Républicanisme de Philip Pettit, une troisième conception de la liberté est remise à la surface, au chemin des 2 conceptions, définit comme l’absence de maîtrise exercée par un tiers, en d’autres termes : l’absence de domination. C’est la troisième voie défendue par le républicanisme.

La conception « positive » de la liberté est critiquable dans le sens où elle ne laisse place à l’indépendance individuelle.

Attachons-nous maintenant à voir pourquoi nous devons préférer le républicanisme au libéralisme. La conception libérale de la liberté est quelque peu indiscernable dans la mesure où dans une société, on est forcément face à des interférences dans nos choix ; le républicanisme tente lui, d’opérer une distinction entre interférences tolérables ou non, d’où la notion de domination. Quelle est la différence entre interférence et domination ? Une domination se distingue de la simple interférence dans le sens où celle-ci se caractérise par sa base arbitraire. Cette distinction est très intéressante car là où le libéralisme considère l’État et donc les lois comme organisant un certain recul de la liberté (même s’il estime que cela peut être un pas en arrière pour deux pas en avant suivant le contenu de la loi), puisqu’étant de fait des interférences, le républicanisme considère que l’État et les lois ne vont point à l’encontre de la liberté (au contraire même) puisque l’on ne peut juger qu’il exerce une domination dans la mesure où les normes qu’il définit voire les sanctions qu’il peut attribuer ne relèvent pas de l’arbitraire. On citera : « Les lois de l’État légitime, en particulier les lois d’une république, créent la liberté dont jouissent les citoyens ; elles ne représentent pas une violation de cette liberté, pas même dans une mesure qu’elle pourrait ensuite compenser » (Philip Pettit, Républicanisme, trad. Patrick Savidan et Jean-Fabien Spitz, NRF essais, Gallimard, 2004, p.58). Enfin derrière la définition de liberté par l’idéal d’absence de domination, ce que le républicanisme pose comme question, c’est celle de l’exigence d’égalité.

En cela, nous devons affirmer aux pseudo-chantres de la liberté et ne veulent entendre le terme d’égalité, que leur liberté n’est que la liberté du renard dans le poulailler (mais le renard étant condamné à assouvir indéfiniment son désir de toujours plus de domination, peut-on encore dire qu’il est libre ?) . Nous devons défendre une conception de la liberté comme non-domination car elle montre que la liberté et l’égalité ne sont aucunement contradictoires, et se rejoignent même. Je terminerai donc en écrivant : pour l’émancipation de chacun (et là est, je pense, la fin du socialisme démocratique), défendons une conception républicaine de la liberté.

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11 réflexions sur “Dire non à l’hégémonie libérale. Défendre une conception républicaine de la liberté.

  1. Un auteur à revisiter: Isaiah Berlin. Ce qui est marrant, c’est qu’il était adulé dans les années 80 par une certaine intelligentsia de gauche, mitterrandienne…(cf la revue « Globe » de Georges-Marc Benhamou, qui l’avait interviewé à l’époque…)

  2. Amélie, on est très loin d’une hégémonie libérale. La droite française est très loin d’être libérale, elle est surtout étatiste et dirigiste. Pour le constater, il suffit de voir les « réformes » et les actions de monsieur Sarkozy. De même, il existe une gauche qui ne soit pas anti-libérale. Le problème du républicanisme, c’est de croire que l’on crée la liberté grâce à l’Etat. La liberté existe sans Etat. Liberté comme absence de domination, pourquoi pas. Mais quelle domination vois-tu, à part celle de l’Etat qui veut tout réguler, réglementer, punir, tout ça pour soi-disant rendre le monde meilleur ?

  3. C’est effectivement une belle synthèse pour engager une réflexion sur le libéralisme. J’ y ai appris pas mal d’informations et notamment que d’autres « PINSET » pouvaient être contre le libéralisme économique. Tradition nominale ?

  4. salut amélie, je cherchais des blogs de philo avec qui je puisse entamer un dialogue lorsque je débuterai mon modeste blog, je suis tombé sur cet article intéressant et plutôt que laisser un gigantesque commentaire, j’ai préféré faire de ma réponse le premier article de ce blog débutant..

    http://absurdcornflakes.wordpress.com/

    Vu la date de ce billet, j’aimerai avoir ton opinion sur le sujet, si ta vision du libéralisme a évolué etc..

    A bientôt!

  5. Best you should change the page name Dire non à l’hégémonie libérale. Défendre une conception républicaine de la liberté. Regards philosophiques – Le blog d'Amélie Pinset. to more better for your blog post you make. I enjoyed the blog post all the same.

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