Platon, Théétète (161b-162a)

septembre 20, 2009 at 12:30   2 commentaires

  • Nature du devoir : explication de texte
  • Cours : L1, Histoire de la philosophie sur Platon
  • Note : 13/20

voir l’extrait de texte étudié

Le présent texte que nous nous tacherons de commenter est tiré du dialogue platonicien, le Théétète, dialogue écrit dans la période dite auto-critique de Platon, c’est-à-dire entre la fin de la période de maturité et le début de la période de vieillesse. Il relate ici la discussion, rapportée à l’écrit par Euclide, entre Socrate, Théodore, géomètre originaire de Cyrène, et Théétète, mathématicien et brillant élève de Théodore. Cette discussion porte sur la définition de ce qu’est la « science » (la science au sens large de connaissance) ou plus exactement sur les critères permettant de présenter un énoncé comme science ; elle se rattache donc au domaine de l’épistémologie. L’extrait que nous allons étudier se trouve dans la première partie du dialogue, qui constitue la première tentative de réponse exposant que « la science n’est pas autre chose que la sensation » [1]. En effet, Socrate, pratiquant la maïeutique, vient de faire accoucher l’esprit du jeune Théétète de cette première réponse en s’appuyant sur la thèse de Protagoras selon laquelle « l’homme est la mesure de toutes choses » [2]. À ce moment-là du texte, Socrate redevient le porte-parole de Platon (et non plus de Protagoras) et procède à l’examen critique de cette première réponse à la demande de Théodore, cet extrait de texte est donc de nature réfutative.

Le problème posé par le texte est comment se fait-il que Protagoras soit un savant par rapport à ses élèves si « science » est sensation, et si tous les élèves étant aussi dotés de sens alors tous les élèves ont la science et seraient au même niveau que leur maître ? La thèse défendue par Socrate est si la science, c’est la sensation alors il n’existe plus de discours commun et par-delà le dialogue devient une absurdité. Cette sinistre conclusion révèle l’importance de ce texte qui cache un important enjeu politique, car en effet, les Grecs prenaient part aux affaires politiques en dialoguant sur l’agora, or si le dialogue n’a plus lieu d’être, c’est l’effondrement de la Cité qui s’en suivra.

Nous pouvons retracer trois moments dans la pensée de ce texte :

  • tout d’abord, Socrate expose la thèse adverse (l. 1-9)
  • ensuite, il la développe pour en révéler le fondement (l. 9-14)
  • enfin, il tire les conséquences de cette thèse (l. 14-24).

***

Nous allons commencer le premier temps de notre commentaire de texte où Socrate expose les premières hypothèses.

Premièrement, nous pouvons remarquer le ton et la forme employés par Socrate parlant à Théodore : « Sais-tu ce qui me surprend », il feint de s’étonner car en réalité, ce n’est qu’ironie. En effet poser la question « sais-tu ce qui me surprend ? » est une sorte de question rhétorique posée par Socrate, il pose sa question en se prétendant crédule mais par « me surprend » on peut aussi entendre que Socrate va introduire une contradiction car s’il est surpris, c’est qu’il doit y avoir quelque chose qui l’embarrasse.

Il est intéressant de noter que Socrate ne s’en prend pas directement à la parole de Théodore, mais à celle de Protagoras, encore une astuce pour faire croire qu’il ne l’attaquerait pas directement. Néanmoins, Socrate concède à Théodore, le statut d’ami de Protagoras, ce qui signifie qu’il attribue à Théodore le fait de partager les mêmes idées que Protagoras or pourrait-on encore noter une pointe de dérision de la part de Socrate envers Théodore par rapport au fait d’avoir un “ami” sophiste qui tient une telle thèse.

Avant de répondre à la question « qu’est-ce que c’est ? » (qui le surprend), Socrate prend des précautions et mesure l’objection qu’il va énoncer avec l’adverbe « Au demeurant » par un semblant de compréhension et d’acceptation d’une partie de la thèse de Protagoras : « il y a dans ce qu’il dit des choses qui sont tout à fait de mon goût » relève en vérité l’antiphrase, Socrate dit l’inverse de ce qu’il pense, il explique son attrait partiel pour la thèse avec des termes valorisants dans le but de la dévaloriser.

Quand Socrate convient qu’ « ainsi, que ce qui semble à chacun, cela est tel aussi », il acquiesce de prendre acte du postulat de départ qui opère une équivalence entre notre sensation particulière et la « science » (c’est en fait la première tentative de réponse qu’a donné Théétète).

Ce qui prête à interrogation pour nous, c’est de savoir pourquoi Socrate repart encore de cette hypothèse (la « science » est sensation) car après la liste de domaine de compétences théorique avec la géométrie et pratique avec la coordonnerie, nous étions déjà arrivés à deux difficultés : peut-on donner un exemple de la science sans savoir ce qu’est la science ? et peut-on dire que la science en géométrie résulte d’une perception sensible ? Avant cet extrait donc, on pouvait penser que la thèse affirmant science est sensation était déjà démontée. Alors pourquoi Socrate continue-t-il à disserter à partir de là ? Cette question nous accompagnera tout au long de notre lecture de ce texte.

Socrate réinsiste sur son ironie avec le connecteur logique « Mais » pour marquer tout de même son opposition et on trouve également une deuxième fois l’emploi du verbe surprendre : « ce qui m’a surpris ». L’étonnement ironique de Socrate se trouve dans le début de La Vérité, ouvrage de Protagoras défendant le principe de l’homme-mesure résumé en « l’homme est mesure de toutes choses ». Toutefois, ce n’est pas ainsi que Socrate va exposer la thèse de Protagoras. Socrate se demande en effet pourquoi Protagoras emploie l’homme plus que n’importe quel être doté de sensation dans la mesure où pour posséder la « science », il suffit juste de nos facultés de sensation, pourquoi Protagoras aurait-il besoin d’utiliser spécialement l’homme dans sa thèse ?

C’est alors que Socrate cherche à décrédibiliser la thèse de Proragoras en la déformant ses propos et remplacer l’homme par n’importe quel animal et c’est une attaque très virulente de la part de Socrate puisque cela signifie que l’homme est au même niveau que l’animal. En effet, si on considère que « science » est sensation, puisque les animaux ont des sensations plus rien ne sépare l’homme de l’animal. Or, chez les Grecs, seul l’homme était considéré comme pouvant être libre car c’est le seul à posséder la faculté de raison et donc normalement cela nous plaçait en supériorité par rapport aux animaux, mais si cette faculté n’est pas nécessaire pour connaître (la science) selon la thèse de Protagoras, cela ruine totalement la hiérarchie du vivant communément admise et ramener l’homme à l’animal chez les Grecs relèverait du scandale, c’est pourquoi Socrate utilise cet argument car il veut révulser les hommes d’adhérer à une pareille thèse. Nous pouvons nous dire malgré tout que la présentation que fait Socrate de la thèse est malhonnête car au contraire, la seule chose que dit Protagoras en disant « L’homme est la mesure de toutes choses » est que l’homme est le seul être libre qui puisse librement se donner ses valeurs. Mais avec l’interprétation que veut en montrer Socrate, cette compétence, le privilège de l’homme en quelque sorte, ne peut être fondé en vérité autrement que si elle n’est pas fondé sur la « science » (la connaissance véritable et certaine chez Socrate) de ce que sont les valeurs (car pour Socrate on ne peut “inventer” des valeurs n’importe comment car en réalité, les valeurs existent par elles-même, elles sont en-soi dans le monde des Idées).

À présent, faisons quelques remarques sur les animaux choisis par Socrate de sorte à bien ridiculiser la thèse adverse. Premièrement, « la mesure de toutes choses, c’est le pourceau » : le pourceau est un animal qui se nourrit d’immondices et avale n’importe quoi, il faut voir derrière cette qualification une métaphore que l’homme qui prend pour science toutes ses sensations est un homme prêt à croire n’importe quoi, à “avaler n’importe quelle couleuvre”. De plus, par l’appellation de pourceau, on peut aussi entendre vouloir dire un homme voluptueux, plongé dans le monde des sens ce qui correspond bien à la conséquence de l’équivalence « science » = sensation or pour Platon qui a déjà écrit La République, dans l’allégorie de la caverne, les hommes qui sont dans le monde sensible ne sont pas des hommes libres, ce sont des prisonniers : « les jambes et la nuque pris dans des liens qui les obligent à rester sur place et à ne regarder que vers l’avant, incapables qu’ils sont, à cause du lien, de tourner la tête » [3], ces hommes ne sont que de le monde des apparences et aucunement de la « science ». Deuxièmement, « le babouin », il faut savoir que dans le bestiaire grec, le babouin n’est considéré que comme un animal ridicule à qui on apprend des tours sans bien même qu’ils les comprennent, il ne sait que les répéter bêtement et mécaniquement, par cette définition Socrate veut montrer que l’homme qui croit à « science » = sensation n’est pas un homme autonome ni un homme responsable de ses actes, ce n’est pas un homme libre. Troisièmement, « un têtard de grenouille », nous pouvons tout d’abord dire que le têtard n’est pas un animal fini, c’est un animal transitoire, il doit encore persévérer dans son existence avant de devenir grenouille, tel l’homme prisonnier dans le monde sensible n’est pas véritablement devenu homme (pour tendre à le devenir, il doit tendre à contempler le monde des Idées). De plus, on pourrait penser que la grenouille est utilisée en métaphore avec les sophistes, qui sautent de nénuphars en nénuphars et coassent leurs discours illusoires.

Enfin, « à plus forte raison sur n’importe quel autre homme », après avoir détruit la hiérarchie homme-animaux, Socrate veut montrer que « science » = sensation détruit par-dessus tout la hiérarchie entre les hommes mais si la hiérarchie est détruite entre les hommes, on commence à percevoir un enjeu politique de ce texte par rapport à la stabilité de la pyramide de la Cité.

Nous avons vu dans ce premier moment du texte que Socrate s’il a “accepté” le postulat de départ, il cherche à déformer l’énoncé de la thèse de l’homme-mesure de Protagoras et ainsi la ridiculiser d’une part et d’autre part, il expose la destruction des deux hiérarchies (homme-animaux, entre les hommes), ce qui va lui servir plus loin dans sa démonstration pour montrer l’imposture de Protagoras si sa thèse serait exacte.

*

Nous pouvons à présent entamer le deuxième moment du commentaire de ce texte où Socrate développe vraiment la thèse de Protagoras pour en faire ressortir son fondement.

Socrate commence par dire « Admettons en effet que », ce qui signifie qu’il y a prise en compte de l’hypothèse de la thèse de Protagoras de sa part, il veut faire croire qu’il n’a pas de réticence ironique vis-à-vis de cette hypothèse mais en réalité, l’hypothèse qu’il prend en compte, ce n’est que celle telle qu’il l’a présentée et déformée et non celle originaire de Protagoras.

Il expose la thèse ainsi : « pour chacun de nous, cela soit vrai, dont il aura jugé par l’entremise de sa perception ». Certains points retiennent notre attention, en effet, on a l’idée de jugement ici lié à l’intermédiaire de la perception. La notion de juger se rapporte théoriquement à l’opération de juge, c’est-à-dire que porter un jugement, c’est mettre en rapport et accomplir l’acte par lequel la pensée de discriminer le vrai d’avec le faux. Juger nécessite normalement notre entendement, c’est-à-dire notre faculté de comprendre un problème à juger mais ici, nulle trace de l’entendement, le jugement est le seulement le résultat de notre perception. Le seul recueil de nos impressions sensibles, de nos sensations, est admis comme la source de l’établissement de vérités. Il y a un saut logique illégitime entre nos perceptions et les tenir pour vraies sans faire appel à aucune autre faculté de celles de la sensation. En outre, si les sensations sont particulières à chacun [4] alors la « science » est particulière à chacun, la « science » est alors un savoir non-partageable, on lit alors ici le relativisme de Protagoras, or pour Socrate la « science », la connaissance véritable, est universelle donc partant de la définition de Protagoras et arrivant à un relativisme, on peut déduire dès lors qu’il n’y a plus de « science ».

Ensuite, « que l’un ne puisse mieux juger que l’autre juger de ce qu’éprouve ce dernier », le savoir est entendu comme personnel et nullement absolu. Personne n’est donc en droit de juger mon savoir, ainsi devrait-on écouter le savoir que les autres délivrent sans jamais pouvoir l’examiner ni le remettre en cause ? « que l’opinion qu’il s’en fait, un tel, non plus, ne doive être plus qualifié qu’un tel, pour examiner si l’opinion est juste ou si elle est fausse » : ici encore, on retrouve l’idée de l’absence de hiérarchie entre les hommes, tous sont à égalité pour auto-proclamer leurs “vérités”, on arrive doucement vers l’idée de Protagoras que toute opinion est vraie, il n’y a pas d’opinion fausse, la thèse de Protagoras fait ainsi de l’opinion le stade ultime de connaissance, alors que pour Socrate dans les différents modes de connaissance dont il fait acte, l’opinion ou la croyance (ce qui nous semble, ce qu’on tient pour vrai et en sus, les perceptions ne sont même pas encore considérées au stade des opinions) n’est pas le stade ultime du processus dont relève la connaissance [5].

La déduction aboutit donc à ce que « chacun doive personnellement être seul juge de ce qui lui est personnel et que cela soit juste et véridique », ce qui signifie que selon la thèse de Protagoras toute « science » est subjective, on écarte alors toute idée d’un savoir objectivable. Mais le danger que si l’on doit considérer toute opinion comme légitime et vraie, ne risque-t-on pas de devoir tolérer des opinions en soi intolérables ? Or si l’on commence à tolérer des choses intolérables, la tolérance perd de son sens et la pérennité de la vie entre les hommes dans la Cité risque de se voir compromise. Si personne ne peut se permettre de juger de la validité de certaines opinions, alors que devient l’institution de la Justice ?

Nous avons terminé ce deuxième moment de lu commentaire de ce texte où Socrate a terminé l’exposition de la thèse de Protagoras.

*

Nous pouvons maintenant terminer ce commentaire avec ce troisième moment où Socrate tire les conséquences des hypothèses qu’il a fait de l’interprétation de la thèse de Protagoras.

« alors, camarade, en quoi peut bien, dès lors, consister ce savoir ? », Socrate encore une fois se moque de la thèse de Protagoras car selon lui, un savoir qui est uniquement sensation est savoir inconsistant, qui n’a aucune valeur puisqu’on ne peut le justifier, le démontrer rationnellement, s’y accorder dessus, donc qu’en il pose cette question faussement naïve, il veut dire en fait “qu’est-ce ce savoir qui n’en est pas un ?”. Socrate critique ici l’illégitimité du saut entre perception et savoir.

Ensuite, Socrate attaque alors l’enseignement et la légitimité de Protagoras à le dispenser : « et qui permet à Protagoras de se juger à bon droit digne de donner, moyennant un salaire important, un enseignement magistral à autrui, et qui nous oblige nous, homme de savoir inférieur, à aller le trouver pour être ses élèves (…) ? ». En effet, s’il existe pas de savoir absolu, que le savoir n’est que personnel, comment Protagoras peut-il prétendre enseigner ? Quand Socrate dit « homme de savoir inférieur », on dénote encore de l’ironie de la part de Socrate et il veut également mettre en lumière une contradiction car dans le deuxième moment du texte, on a appris que personne n’était « plus qualifié qu’un tel » alors comment Protagoras peut-il prétendre à un savoir supérieur ?

Puis, Socrate continue de se moquer de Protagoras tout étendant la critique à l’ensemble des sophistes : « Comment nous éviter de dire que le langage de Protagoras est celui d’un orateur qui flatte la multitude ? ». Les discours des sophistes relèvent de la flatterie, et Protagoras en disant que toutes les opinions sont vraies, qu’aucune opinion n’est fausse charmait ses auditeurs et ainsi ne se permettait jamais de les contredire et de leur ouvrir les yeux lorsqu’ils disaient des propos erronés. Protagoras comme l’ensemble des sophistes ne sont que des orateurs, qui se font écouter grâce à leur éloquence mais de toutes façons, ils ne peuvent prétendre qu’au stade de producteurs de croyances mais en aucun cas, ils n’amènent à la connaissance véritable puisqu’ils n’ont aucun souci du vrai (puisqu’ils considèrent que tout est vrai). Pour Socrate, Protagoras n’est qu’un maître qui se targue d’un savoir illusoire.

Enfin, on s’achemine sur un enjeu majeur du texte : le statut de la philosophie. En effet, la conclusion la plus tragique à laquelle aboutirait l’exactitude de la thèse de Protagoras que tout énoncé est vrai serait l’inutilité de la dialectique et du philosophe. « Pour ce qui est d’ailleurs de moi, je garde (…) le silence sur la somme de rires à laquelle mon art d’accoucheur vaut d’être condamnés » : Socrate pratique la maïeutique [6], il fait accoucher les esprits, il fait révéler les savoirs chez les autres par l’outil de la dialectique mais il devient inutile, il ne sert à rien puisque si le savoir est sensation, on n’a pas besoin de quelqu’un pour veiller sur nos âmes 6. « moi, et aussi bien (…) l’exercice méthodique, tout entier, de la conversation dialectique » : la dialectique (dialectikê) est pour Socrate le seul moyen à travers le dialogue de parvenir à la « science », connaissance vraie à distinguer des sensations et opinions mais ici puisque tout est vrai, à quoi bon se tâcher à disserter pour distinguer le vrai du faux ?

Socrate conclue donc que si la thèse de Protagoras s’avère vraie, l’elenchos est un exercice vain : « En effet, faire l’examen de nos mutuelles représentations ou opinions, et entreprendre de les réfuter, alors que celles de chacun de nous sont justes, n’est-ce pas là un bavardage niais qui tire en longueur interminablement, si la Vérité de Protagoras a (…) émis des paroles véridiques (…) ? ». Il y a une graduation dans l’exercice de la raison résultant du processus de connaissance. Les représentations relèvent du plus bas mode de connaissance qui est la conjoncture tandis que les opinions ont une apparence de construction et relèvent du second mode de connaissance qui est la croyance, puis on devrait s’élever à la pensée jusqu’à finir par le mode de connaissance par l’intellect pour connaître les Idées (ou Formes intelligibles). Mais cette graduation est mise à mal si la thèse de Protagoras s’avère vraie, ainsi l’examen critique (l’elenchos) qui cherche à discerner le vrai du faux, chercher ce qui résiste à la réfutation, relève du superflu.

En conclusion, nous pouvons dire que si Socrate a voulu continuer à examiner la thèse de Protagoras alors qu’il avait déjà démontée par deux difficultés, il veut montrer l’importance du telle thèse par rapport au statut de la discussion philosophique. En effet, l’enjeu de ce texte est considérable car si la « science » est un savoir personnel, subjectif, non-échangeable et non-universalisable, l’enseignement et le débat se voient dépourvus de sens et n’ont plus lieu d’être, mais une telle proposition conduit à l’impossibilité d’établir une Cité juste. Il faut rappeler que le Théétète a été écrit après La République alors cela ruinerait le travail de Platon de rechercher l’établissement d’une Cité juste. De surcroît, sachant que la construction d’une Cité juste est corrélée au bonheur des citoyens, si cette recherche s’avérait impossible, cela conduirait nécessairement à l’impossibilité d’avoir une « vie heureuse ».

Socrate a maintenant définitivement détruit cette Vérité de Protagoras, titre d’ailleurs prétentieux et ridicule, et dans le Théétète va pouvoir poursuivre sa discussion sur « Qu’est-ce que la science ? » et balayer la première tentative de réponse de Théétète qui assimilait science et sensation.

_____________________

1 Platon, Théétète (151e), trad. Michel Narcy, Paris, Flammarion – GF, 1995, p. 153.

2 Ibid. (152a)

3 Platon, La République (livre VII, 514), trad. Pierre Pachet, Paris, Gallimard – Folio essais, 1993, p. 357.

4 voir l’exemple de la sensation du vin entre un individu sain et un malade : Platon, Théétète (159c-160a), pp.173-174.

5 voir l’exposé de la Ligne : Platon, La République (livre VI, 509d-511e), pp. 353-355.

6 Platon, Théétète (150b), p. 150.

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Platon, Apologie de Socrate (37e-38a) L’évidence est-elle une connaissance immédiate ?

2 Commentaires Add your own

  • 1. jean paul galibert  |  juin 7, 2011 à 8:19  

    En dialogue avec votre texte sur Platon
    Je viens de poster un billet
    qui peut vous intéresser :
    éloge de la caverne

    Réponse
  • 2. hasni  |  février 19, 2012 à 9:21  

    magnifique commentaire

    Réponse

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