De la valeur travail ?

coucher de soleil

«Dans les pays de la civilisation, presque tous les hommes se ressemblent maintenant en ceci qu’ils cherchent du travail à cause du salaire ; pour eux, tout le travail est un moyen et non le but lui-même ; c’est pourquoi ils mettent peu de finesse au choix du travail, pourvu qu’il procure un gain abondant. Or il est des natures plus rares qui aiment mieux périr que travailler sans joie : ces hommes sont minutieux et difficiles à satisfaire, ils ne se contentent pas d’un gain abondant, lorsque le travail n’est pas lui-même le gain de tous les gains. De cette espèce d’hommes rares font partie les artistes et les contemplatifs de toute espèce, mais aussi ces oisifs qui passent leur vie à la chasse ou bien aux intrigues d’amour et aux aventures. Tous ceux-là cherchent le travail et la peine lorsqu’ils sont mêlés de plaisir, et le travail le plus difficile et le plus dur, si cela est nécessaire. Mais autrement, ils sont d’une paresse décidée, quand même cette paresse devrait entraîner l’appauvrissement, le déshonneur, les dangers pour la santé et pour la vie. Ils ne craignent pas autant l’ennui que le travail sans plaisir : il leur faut même beaucoup d’ennui pour que le travail puisse leur réussir. Pour le penseur et l’esprit inventif, l’ennui est ce «calme plat» de l’âme qui précède la course heureuse et les vents joyeux ; il leur faut supporter, en attendre l’effet à part eux : c’est cela précisément que les nature moindres n’arrivent absolument pas à obtenir d’elles-mêmes ! Chasser l’ennui de n’importe quelle façon, cela est vulgaire, tout comme le travail sans plaisir est vulgaire.»

Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, §42

Dire non à l’hégémonie libérale. Défendre une conception républicaine de la liberté.

tiens, tiens le joli débat que voilà sur le libéralisme… J’avais écrit l’article qui suit il y a de cela plusieurs mois (en novembre, probablement, puis quelques ajouts en février si je m’en réfère à la dernière date de modification et finalisé aujourd’hui… lol ) sans jamais l’avoir publié, voilà chose faite.

lâcher de ballons

De nos jours, en France, pour simplifier, on définit la droite comme libérale et une bonne partie de la gauche se définit comme anti-libérale (peut-on considérer l’autre partie comme de gauche ?). Conséquemment, on impute à la gauche d’être contre la liberté, comme sait si bien le faire ce cher BHL (sic). Bien-évidemment, vous êtes pour la liberté donc vous ne pouvez être contre le libéralisme. Voilà le discours ambiant qui règne dans les médias.

Le libéralisme formerait-il donc l’unique manière de concevoir la liberté ? Étrange conception de la liberté de pensée.

De une, le mot libéralisme en France est associé au libéralisme économique, aux penseurs classiques comme Adam Smith. Vous savez Adam Smith et sa “main invisible”. Adam Smith, considérant que les hommes ont un penchant naturel à l’échange donc le marché est naturel, par-delà il est plus efficace si personne n’y touche : promotion de la non-intervention de l’État en vue de la maximisation du libre-échange. En ce sens, oui nous sommes anti-libéraux car contre le libéralisme économique qui croit illusoirement à l’auto-régulation. [après qui comprend le nous, c'est une autre histoire...]

De deux, la critique anti-libérale recoupe aussi plus précisément une opposition nette et tranchée au néo-libéralisme. La phrase de Jospin la résume bien : “oui à l’économie de marché, non à la société de marché”. Oui, il y a une importante distinction à faire entre libéralisme économique et néo-libéralisme, n’en déplaise aux “libéraux”. Car aujourd’hui, c’est bien une société néo-libérale qui se dessine face à nous. Si le libéralisme économique consiste dans l’optimisation du libre-échange sur le marché, le néo-libéralisme va beaucoup plus loin, il “consiste plutôt dans l’extension et la dissémination des valeurs du marché à la politique sociale et à toutes les institutions”. C’est une marchandisation de la société à laquelle nous assistons et contre laquelle nous devons nous opposer haut et fort.

Au delà de ces considérations du mot libéralisme en tant que doctrine(s) économique(s), comment peut-on définir la liberté libérale ?

On considère qu’il existe deux grandes façons de concevoir la liberté : liberté des modernes contre liberté des anciens soit une conception “négative” contre une conception “positive” pour reprendre les termes d’Isaiah Berlin.

La conception “négative” se rattache à l’idéal libéral. Elle se définit par rapport à l’absence d’interférences : je suis libre “dans la mesure où personne ne vient gêner mon action”. La liberté se limite à notre soumission à notre seule volonté privée.

La conception “positive” se rattache à l’idéal plutôt communautarien dans la mesure où elle réduit (à l’inverse) la liberté comme partage d’une volonté publique démocratiquement déterminée par la communauté. Je suis libre dans la mesure où j’atteins cette “maîtrise de soi qui suggère l’idée d’un homme qui entre en lutte contre lui-même”.

Dans Républicanisme de Philip Pettit, une troisième conception de la liberté est remise à la surface, au chemin des 2 conceptions, définit comme l’absence de maîtrise exercée par un tiers, en d’autres termes : l’absence de domination. C’est la troisième voie défendue par le républicanisme.

La conception “positive” de la liberté est critiquable dans le sens où elle ne laisse place à l’indépendance individuelle.

Attachons-nous maintenant à voir pourquoi nous devons préférer le républicanisme au libéralisme. La conception libérale de la liberté est quelque peu indiscernable dans la mesure où dans une société, on est forcément face à des interférences dans nos choix ; le républicanisme tente lui, d’opérer une distinction entre interférences tolérables ou non, d’où la notion de domination. Quelle est la différence entre interférence et domination ? Une domination se distingue de la simple interférence dans le sens où celle-ci se caractérise par sa base arbitraire. Cette distinction est très intéressante car là où le libéralisme considère l’État et donc les lois comme organisant un certain recul de la liberté (même s’il estime que cela peut être un pas en arrière pour deux pas en avant suivant le contenu de la loi), puisqu’étant de fait des interférences, le républicanisme considère que l’État et les lois ne vont point à l’encontre de la liberté (au contraire même) puisque l’on ne peut juger qu’il exerce une domination dans la mesure où les normes qu’il définit voire les sanctions qu’il peut attribuer ne relèvent pas de l’arbitraire. On citera : “Les lois de l’État légitime, en particulier les lois d’une république, créent la liberté dont jouissent les citoyens ; elles ne représentent pas une violation de cette liberté, pas même dans une mesure qu’elle pourrait ensuite compenser” (Philip Pettit, Républicanisme, trad. Patrick Savidan et Jean-Fabien Spitz, NRF essais, Gallimard, 2004, p.58). Enfin derrière la définition de liberté par l’idéal d’absence de domination, ce que le républicanisme pose comme question, c’est celle de l’exigence d’égalité.

En cela, nous devons affirmer aux pseudo-chantres de la liberté et ne veulent entendre le terme d’égalité, que leur liberté n’est que la liberté du renard dans le poulailler (mais le renard étant condamné à assouvir indéfiniment son désir de toujours plus de domination, peut-on encore dire qu’il est libre ?) . Nous devons défendre une conception de la liberté comme non-domination car elle montre que la liberté et l’égalité ne sont aucunement contradictoires, et se rejoignent même. Je terminerai donc en écrivant : pour l’émancipation de chacun (et là est, je pense, la fin du socialisme démocratique), défendons une conception républicaine de la liberté.

Du rôle de la philosophie politique.

«Quand, dans notre réflexion, nous appréhendons notre monde social comme exprimant notre liberté et nous permettant de la vivre pleinement dans notre existence quotidienne, nous nous réconcilions avec ce monde. De ce point de vue, la philosophie n’est pas un exercice purement académique. Elle nous dit quelque chose sur nous-mêmes ; elle nous révèle la liberté de notre volonté -le fait que nous ne l’obtenons qu’à travers les institutions, et de nulle autre façon. Cette compréhension, de son côté, actualise une forme de vie. Cela s’explique par le fait qu’une forme de vie n’est pas vraiment réelle ou effective tant qu’elle ne parvient pas à la conscience de soi. Le Geist, l’Esprit, ne se réalise pleinement que dans la pensée et la réflexivité de la conscience humaine. C’est pourquoi la forme de l’État moderne, qui, à travers ses institutions politiques et sociales, exprime la liberté des individus, n’est pas pleinement effective tant que les citoyens ne comprennent pas comment et pourquoi ils sont libres en elle. La tâche de la philosophie politique est de les aider à parvenir à cette compréhension. Elle ne contemple pas un monde du devoir-être au-delà de notre monde, mais un monde déployé à notre regard qui actualise leur liberté.»

John Rawls, Leçons sur l’histoire de la philosophie morale, trad. Marc Saint-Upéry et Bertrand Guillaume, La Découverte, Paris, 2008, p.324

Lapsus, lapsus.

En route !

Un peu de ménage sur ce blog ! Les articles en question sont quelque part ailleurs, au fin fond de la toile internet… On va essayer ici de repartir sur de bonnes bases mais je ne promets rien. À bientôt.

Changer l’école, pour changer le monde.

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«L’éducation est un progrès social… L’éducation est non pas une préparation à la vie, l’éducation est la vie même

John Dewey

Annulation du bac blanc votée à une large majorité du corps enseignant. De l’autre côté (et pourtant on ne devrait être si opposés, nous sommes dans le même bateau…) une large majorité d’élèves qui râle. Les médias de propagande de la pensée unique pourront se donner à cœur joie de titrer que ces méchants fonctionnaires fainéants râleurs professionnels prennent en otage les gentils (non faut pas abuser) élèves. Et c’est malheureusement le discours que j’ai entendu sortir de la bouche de nombre d’élèves aujourd’hui. “Z’ont qu’à pas faire profs s’ils sont pas contents, toujours en train de râler ces privilégiés et c’est nous qui devons subir”. Pauvre temps de cerveau humain disponible…

J’aimerais juste faire remarquer que si l’annulation du bac blanc est peut-être sur le moment quelque chose de pas très agréable à accepter, (que ce n’est pas certes le meilleur moyen d’action pour que élèves et professeurs soient côte à côte dans ce combat pour l’éducation mais je n’ai pas envie que l’on porte encore une fois le débat sur la forme d’action et non le fond des mesures mises en place), j’estime que l’intérêt général prévaut sur l’intérêt individuel. Intérêt individuel qui n’est d’ailleurs qu’à court terme car même si vous n’en voyez pas les conséquences aujourd’hui, votre individuel de demain se trouve dans l’intérêt collectif d’aujourd’hui. J’aimerais que l’on porte tous un regard à long terme sur le devenir de l’Éducation Nationale. À vous de choisir entre passer le bac blanc et laisser supprimer des postes d’enseignants, les Aides Individualisées, que des enseignants soient contraints d’heures supplémentaires sur un deuxième lycée, que ce soit des vacataires plutôt que des professeurs certifiés ou agrégés qui vous fassent cours etc. ou l’inverse. Au delà d’être plus ou moins entraîné pour le bac, c’est la société dans laquelle vous voulez vivre qui se dessine derrière ses réformes, pensez y à deux fois avant de râler.

S’arrêter pour mieux repartir.

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«Une réponse, c’est forcément le chemin qu’on a déjà parcouru. Seules les questions peuvent montrer le chemin qu’il reste à faire

Jostein Gaarder

Glósóli.


La seule arme des enfants contre le monde, c’est l’imaginaire.